Texte et mise en scène de Lionel Spycher, décor de Jacques Gabel avec Jean Michel Dupuis, Alain Fromager, Regis Boyer, Sarah Karbasnikoff et Rebecca Aichouba

Quelque part, ailleurs, dans l'intemporalité - hier ou aujourd'hui - dans un luxueux hôtel d'Europe de l'Est, quatre personnages, trois hommes, une femme, spécimens qui représente cette " espèce complexe qui survit en rêvant d'amour et d'immortalité, et qui finit malgré tout par mourir" (dixit l'auteur).

Le russe petit maitre de l'ombre de l'économie russe, l'allemand représentant des industriels pragmatiques, le français homme de main à la petite semaine et l'anglosaxonne riche oisive excentrique au sens du 19ème siècle, ont échoué là, au gré d'un passé dont ne sont indiquées que des bribes réelles ou imaginées, et leurs rapports d'intérêt et d'interdépendance vont les plonger dans un huis clos mortifère. Ils restent là, pétrifiés, devant leur destinée, des êtres en suspension avant le plongeon.

La présence inattendue d'une jeune fille mystérieuse, belle et silencieuse, corps polymorphe et universel qui cristallise les passions de chacun des protagonistes, va, à l'instar du personnage interprété par Terence Stamp dans "Théorème" de Pasolini, révéler leurs véritables personnalités, leurs fêlures et leur fragilité et les accompagner vers ce carré d'eau, matrice universelle, pour les délivrer des pesanteurs des apparences et des contraintes de la contingence humaine.

Dans un décor aseptisé organisé autour d'une piscine "centrifuge", l'auteur met en scène son texte écrit dans une langue contemporaine épurée et crée une atmopshère dense et étrange, un espace temps dilaté sans début ni fin qui saisit le spectateur et le maintient attentif jusqu'au dernier mot. La distribution est judicieuse et l'interprétation globalement réussie. Jean Michel Dupuis, comédien de théatre confirmé, empoigne le rôle principal et nous offre de belles confrontations avec Alain Fromager.

Une belle réussite pour le théatre contemporain à la recherche d'auteurs !