Evocation historique écrite et mise en scène par Danièle Léon, avec Brice Berrier, Simon Caillaux, Pierre Fichet, Nicolas Luquin et Lise Martin.
La Pucelle de Domrémy, la Lorraine "inspirée" (avant Barrès), la Sainte de Péguy attire et intrigue.
Danièle Léon, professeur, comédienne, auteur, a écrit ce texte, "Jeanne d'Arc, l'égérie de Charles VII", comme une ode à la jeune fille de dix-neuf ans, patriote divine, qui offre sa vie à Dieu et à la France, avec la générosité terrible de cet âge.
Evocation historique plus que pièce - ce qui évitera malentendus et déceptions - ce spectacle naïf - il faut beaucoup de courage pour l'être dans ce conformisme blasé contemporain - a des charmes, des limites, des envolées que chacun appréciera.
Des pâtures, où Dieu parle, à Orléans, Reims et Rouen, lieu du Supplice, où les "Collabos" (anglomanes, cette fois) se déchaînent, le spectateur suit la bergère-étoile filante. On est dans la Chanson de geste, l'Histoire de France, la moelle même de la France éternelle et non-récupérable, dans la Vie des simples et des fidèles, dans l'offrande scandaleuse de la vie.
Danièle Léon - animatrice de l'Atelier du Verbe - manie les mots avec élégance (conjuguant correctement à l'indicatif "Après que"). Elle incruste les mots de Jeanne elle-même dans son texte mais l'auteur existe et ne s'efface pas, fût-ce dans des commentaires personnels.
Les comédiens donnent ce qu'ils peuvent, avec ce qu'ils ont. Jeanne, c'est Lise Martin, qui devrait visionner Falconetti avant de monter sur le bûcher comme on ne va pas ailleurs. En donzelle, cela "fonctionne", en martyr, un peu de patinage.
Simon Caillaux est un rustaud convaincant, frère de Jeanne, brave garçon à mains comme des battoirs. Il tient sa place, le sourcil dru, moyennageux en diable.
Brice Berrier aurait pu jouer dans "Les Rois maudits" (l'original, pas le refait). Parfois, il s'échappe, s'envole, milan en costume, planant. Quant à Pierre Fichet, il dispose d'une belle tête d'époque et existe. Danièle Léon, flanquée d'un fichu ou d'une cotte de maille, apparait avec le talent d'un métier exercé.
Mais le comédien irrésistible, c'est Nicolas Luquin, qui joue trois rôles avec une seule qualité : celle des vrais professionnels. Il est bouleversant, juste, inspiré. C'est un homme de théâtre, un metteur en scène brillant (Shakespeare) et un serviteur de son art. Bravo.
A-t-on évité le Son et Lumière à Chinon, le spectacle de fin d'année, le Musée Grévin animé ? Pas toujours, oh non, pourtant il y a des grâces, de la rigueur historique, de la poésie (la traversée de la Baie de Somme en barque, du Crotoy à Saint-Valéry).
Mais Jeanne, en ce spectacle, laisse venir à elle les petits enfants de France, pour leur raconter leur histoire. Alors, laissons le dernier mot à "cet enfant qu'on est resté"....
