La République a le cafard. Noir comme certaines complaintes nauséabondes qui disjonctent les esprits. C’est pas nouveau.

Au nom de la République les citoyens élus croient pouvoir parler en son nom alors qu’ils ne sont que les représentants d’une volonté mercantile à l’ambition trop personnelle.

La violence des institutions, issue du pouvoir de quelques baronnets, n’a rien avoir avec le souffle égalitaire de la République. Il suffit de suivre l’itinéraire verbal de Haydée Sabéran, journaliste à Libération et auteur d’un bouquin qu’il faut lire absolument et pas seulement survoler le temps d’un Eurostar entre Calais et Londres (le retour est aussi valable).

"Ceux qui passent" aux Editions Carnets Nord vous prend d’une main citoyenne pour vous conduire au cœur de la jungle (Sangatte, les espaces sont nombreux). De ces endroits d’où naissent les espoirs de passages. Espaces boisés dans lequel survivent quelques tribus oubliées du monde réglementé.

Il y a dans la description de ces "gens d’un voyage" , valeur humaine. Haydée Sabéran n’est pas une déracinée parisienne, qui le temps d’une enquête, se la joue détective des bas fonds. Elle est chti, la romancière, cœur au Nord et verbe puissamment humain .

Les chapitres nous interrogent sur cette drôle Bataille d’Angleterre que se livre les autorités françaises et anglaises, étau sans compromis qui broie les indiens sans terre. Chapitre après chapitre on pénètre dans ce no man’s land. Sans voyeurisme, tout en témoignages. Haydée Sabéran nous interpelle sur ces espaces de vie que l’on aurait voulu précaire. Lieu phare pour les nouveaux arrivants. Loin d’être fantômes comme on nous la trop souvent décrit, les territoires se sont organisés dans la survie. Cité plus qu’un camp, bidonville d’espoir, même si cela nourrit les proses alarmistes des dramaturges aux petits pieds.

Choisir les chapitres du livre c’est se faire des amis. Il est plaisant de se nicher dans les verbes d’Haydée Sabéran pour découvrir la senteur d’un monde que beaucoup veulent oublier. Les mille parfums de Sangatte pour ne retenir que le plus connu.

Oui, ainsi manié, le verbe a la force de l’espoir. Lire pour comprendre que l’homme, la femme et les enfants respirent à Sangatte l’universalité de la République. Il faut oublier ceux qui font du beurre sur le dos des migrants sans pour autant pardonner. Il faut oser être du côté de ceux, encore aujourd’hui (ils sont près de huit cents) que l’on oublie parce que les télés ont d’autres infos sur le gaz, que les politiques ont le nez dans le guidon. L’oubli ne veut pas dire absence. Ayez entre les mains "Ceux qui passent" d’Haydée Sabéran. Et essayez de gommer l’incompréhension qui se lit dans la description des situations trop souvent offertes par les médias.

cette interrogation de l’Histoire des peuples, n’est pas que migratoire. L’auteure nous propose de la prolonger cette réflexion, au-delà du livre. C’est aussi cela la puissance d’un écrivain, lâcher le verbe au bon moment et le laisser voguer aux impressions du lecteur. Laissez-vous conduire entre les chapitres et découvrez un monde humain comme rarement on l’a décrit.