Du 16 janvier au 2 avril 2012, l'écrivain Patrick Besson a tenu son "Journal d'un Besson de campagne" sous forme de billets quotidiens mis en ligne à chaud sur le site Internet du magazine Le Point.
Pour pimenter l'écriture et agrémenter la lecture, il a opté pour un exercice de style, celui du pastiche littéraire qui, en outre, lui permettait de jouer avec délectation le sniper à double tranchant puisqu'il indiquait s'inspirer, sans ostracisme, d'écrivains géniaux ou nuls.
Tremper sa plume dans l'encrier de ses homologues pour dégommer les politiques dont la binette est collée sur les boîtes du chamboule-tout de la kermesse électorale et épingler les moeurs politiciennes est d'autant plus croustillante qu'il s'agit de celle d'un écrivain cynique et d'un éditorialiste controversé.
La quasi totalité de ses chroniques insolentes et souvent aussi pertinentes qu'assassines quittent leur support virtuel pour être publiées sous le titre "La présidentielle" qui propose au lecteur, même non exégète de tous les auteurs pastichés, un véritable livre de chevet qui délivre de grands moments de jubilation à déguster de manière homéopathique au gré de sa propre fantaisie pour en déguster le suc et le fiel.
D'autant qu'il ne se prive pas d'élargir son champ de victimes collatérales, tels parfois les (pseudo ?) écrivains qu'ils pastichent, tels le polémiste Eric Nolleau avec son mot fétiche "nul", Yann Moix en me, myself, I and Peguy, mais aussi d'autres, comme Emmanuel Carrière, le fils à maman académicienne, qui a raté son roman, et autres personnages publics.
Courts, cinglants, construits comme des dramuscules, ces pièces brillantes permettent de savourer la fourberie pateline de François Mitterrand soutenant la candidature de François Hollande pour une France qui a désormais besoin non d'un maître mais d'un infirmier ("L'autre François"), l'ode à Rachida par Nabokov, la conversation surréaliste entre Jean-Louis Borloo et Céline avec une belle pique pour le duo des deux G, Guaino et Guéant, qualifiés de "hoplites dégénérés" ("Borloo Place de Clichy") et la prose burnée de Gérard de Villiers pour évoquer le 2ème complot US, après celui contre DSK, visant à piéger François Hollande pour ses pulsions homosexuelles ("La CIA vote Sarko").
Jubilatoire San Antonio chargé d'enquêter sur le faux meurtre et vrai suicide d'Olivier Besancenot à la suite du meeting du candidat du NPA qui n'a réuni que trois personnes ("Tiens bon la rampe Poutou") et la militante de gauche Catherine Millet qui démarche les routiers à qui elle propose un "aujourd'hui, on suce gratis !" en échange de leur vote éclairé ("Le vote des routiers").
Irrésistible la quintessence de l'harmonie du couple présidentiel vu par Florian Zeller ("Le mensonge"), à la manière de Proust, Jean-Luc Mélenchon épousant Odette ("Un amour de Mélenchon"), les trois figures féminines de gauche, Martine, Ségolène et Elisabeth vues par Simone de Beauvoir ("Les trois femmes rompues") et Camus glosant sur la chute de Dominique Strauss-Kahn à qui Anne Sinclair interdit même la position vibreur de son portable (devinez pourquoi ?) qui permet en sus de souligner la bêtise de Jack Lang qui serre les mains Place des Vosges confondant celle-ci avec sa circonscription électorale dans le département vosgien.
Impossible de tout passer en revue. Alors découvrez par vous-même les perles et bonne lecture !
