Monologues dramatiques de Jean Cocteau interprétés par Martine Chevallier et Véronique Velladans une mise en scène de Marc Paquien.
Auteur moderne, Jean Cocteau utilise, dès les Années folles, le téléphone, cet instrument par lequel on dit le vrai et le faux, d'une voix affectée, sans avoir à montrer son visage, pour cet opéra vain sans musique où les notes sont des soupirs et où le chef d'orchestre tient dans une main.
On attend ce texte sublime, en écoutant ce monologue chanté, mis en mélodie par Poulenc, qu'est "La Dame de Monte-Carlo". Véronique Vella, petite Grande dame, y chante vaillamment, avec talent et force, rendant toute l'émotion de cette créature à la Zweig qui vit et meurt entre le Casino-Garnier et la basse Corniche.
Puis le silence se fait, devant le lit défait.
Les ombres de la Bovy (créatrice du rôle), de la Magnani (pathétique Norma du dérangement) approchent pour regarder, faussement bienveillantes, fermant leur déshabillé froissé.
Martine Chevallier, une de nos plus grande tragédiennes (Racine, Ostrowski, Tchékov, Koltès...) exhibe la douleur de cette femme abandonnée, trahie par un amant et par la technique défaillante des Postes et Télécommunications, dans une mise en scène dépouillée de Marc Paquien.
Sobre, bourgeoise, contenue, elle rampe, sur ce lit-tombeau, accrochée à ce dernier fil avec son tendre bourreau. Parfois, elle hurle, suraigue, amputée à vif de l'être aimé, qui revient, par une sonnerie, pour blesser plus profondément encore. Est-il là ? Parle-t-elle dans le vide au disparu comme ces gens, dans les rues, qui font semblant d'avoir des amis qui les appellent ?
L'ambiguïté de la Chevalier, qui nous prend à témoin, de ce bonheur moribond mais qui téléphone encore, remue, interroge: c'est une menteuse, une hystérique, une possessive qu'elle incarne et c'est bien là un nouveau visage de cette héroïne navrante de "La Voix humaine".
Cette blondeur froide, que nie cette chair affamée, devient inquiétante : l'homme parti, ici, n'est presque plus antipathique. Cette femme dévore, brûle, tuerait, par amour.
Certains contesteront le choix de cette immense comédienne pour ce rôle-là. Mais le génie de Cocteau l'impose, par les nuances infinies de son texte-lagune.
Et mesdames Bovy, Magnani d'attendre, dans les coulisses, Madame Chevallier, avec admiration, lui évitant de ces baisers mouillés de congratulations impossibles aux fantômes.
