Certains diront peut-être qu’il se répète, John Spencer ; on préfèrera penser que son Blues Explosion reste fidèle à lui même : le groupe continue d’avancer les yeux fermés dans un univers clos et autiste d’une pureté inquiétante.
Là où d’autres artistes se posent des questions métaphysiques et de marketing avant d’enregistrer un nouvel album, Spencer, comme un Jonathan Richman hystérique, avance en état de grâce.
Il continue à le faire exploser le Blues : comme un John Lee Hooker du XXIe siècle, le blues, ce n’est pas pour lui la répétition appliquée d’une tradition, le blues, c’est SON truc. Et ça part dans tous les sens.
Avec Damage, on dérive ainsi vers le funk avec des cuivres et des choristes sexy. Spencer a cette fois confié son talent brouillon à de nouveaux producteurs : DJ Shadow, David Holmes, Dan The Automator. Et invite même Chuck D de Public Enemy, qui s’en tire parfaitement dans ce mélange de rock et de rap, Martina Topley-Bird, chanteuse pleine de soul (qui sera en première partie au concert de Paris) ou James Chance, sax new-yorkais mythique des années 80. Sans parler des invités "virtuels" jamais loins dans le son et les arrangements : Chuck Berry, les Stones, Hendrix ("Blowing my Mind" se termine comme "Bold as Love")…
Le son est tout simplement énorme, à commencer par la batterie du premier titre, tout droit sortie de la jungle. Les guitares sonnent comme dans les plus belles années 70. "Rivals", avec sa wah-wah, ses cuivres et ses solos de guitare ranime le Hendrix funky d’avant l’ Experience ! "Fed Up and Lowdown", c’est du punk-blues-psyché-funk-que sais-je encore... "Ratting" et son vibrato sent son Bayou moite. Rien n’arrête le Blues Exp ! "J’ai remué Ciel et Terre pour vous apporter ce message. Ce Blues me tuera."
Damage est un des meilleurs albums du Blues Explosion. C’est aussi probablement l’album le plus chaud, le plus en sueur, le plus sexy de l’année. Sexe et rock’n’roll, un duo qui a fait ses preuves...
