On the road again avec les Perfect Kevins

Apprivoiser la distance, voilà le challenge ! Le groupe arrive de Paris avec l’envie de convaincre. Au bout, la salle étroite du Bateau Ivre remplie aux deux tiers de gens venus un vendredi soir passer un bon moment : parler, boire de la bière, séduire, être moins seul, ouvrir la nuit sur son imaginaire…

C’est la première fois que les cinq membres du Perfect Kevins jouent à Rouen. Ils veulent bien faire mais leur bagage de routard du rock est un fardeau au début. Eux sur scène, au fond les gens, avec cette distance à combler par la musique. Ils sont inconnus à Rouen et pas encore ailleurs. Et le maigre filet paru dans le Paris Normandie du matin n’en a dit que peu, sinon qu’un des musiciens a joué avec les légendaires Olivensteins. Juste de quoi rameuter une poignée de nostalgiques des concerts dévastateurs d’antan.

Pourtant la musique est bonne, faite de reprises des grands anciens (Velvet, Ramones, Groovies, Standells…). Alain Boisseau le chanteur a la voix rocailleuse des shouters anglais, macérée dans la bière de Nottingham et le gros plant du pays nantais. Il sait par expérience qu’un concert est une montée au front, mais il est pudique (peur des clichés ?) ou inquiet. Le son est clair mais il manque d’une folie qui ne viendra qu’occasionnellement ce soir là et qui émergera sûrement demain comme une évidence avec la pratique de la scène.

Au fil du concert la chaleur a fait grimper le mercure des morceaux dont la reprise en Doo-woop du "Pale blue eyes" du Velvet fut superbe. Celle des Standells "Dirty waters" et de Billy Braggs "Lovers Town Revesited" prouvent que ce groupe a de quoi rendre les gens heureux d’écouter du rock.

Alain Royer (lead guitar) est en train de développer un style bien à lui, électrique, qu’un atavisme familial (entre carcan et anarchisme) rend intriguant et parfois de toute beauté. Pascal Regis (rythmic guitar) a le look et l’énergie qui va donner au groupe son image. Didier Peroni le batteur et Philippe Sirop le bassiste complètent harmonieusement (présence et musique) le groupe.

Les PK étaient déçus de leur concert rouennais. Les rouennais sont froids (qu’ils disent), pas comme les parisiens qui sautent partout ! Et alors ? Qu’ils n’oublient pas qu’un concert de rock est une bataille qui se gagne ou se perd par dans la conviction. Et lorsqu’elle est gagnée le reste de la nuit et la mémoire du lendemain construisent ces rares moments de bonheur.