Textes de Christophe Barbier, mise en scène de Muriel Mayette, avec Bruno Raffaelli, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Pierre Niney, et Elliot Jenicot.
Voyage dans la Maison de Molière, cette évocation inattendue séduira, particulièrement les néophytes. Cinq comédiens, sur scène, illustrent chacun un siècle, sans se parler jamais, retraçant les grands moments de cette troupe illustre.
Bruno Raffaelli incarne Molière et le Roi, Racine, plein de faconde et d'intériorité, de rondeur et de grondements, très à l'aise sous la perruque.
Le sautillant Loïc Corbery, jeune premier en pleine mutation, s'empare du Dix-huitième siècle, temps des zéniths et des abîmes, des colliers et des couperets : il excelle dans ce rôle, imitant Voltaire à la dague, convoquant Beaumarchais, Rousseau, Napoléon, quelle galerie et quel don de transformation.
Lorsqu'apparaît Elsa Lepoivre, c'est toute la cohorte des grandes tragédiennes, des petites actrices, des monstres sacrés qui déboule sur scène. Exquise et puissante, elle devient Mademoiselle Mars, Rachel, bouleversante, fragile et drôle. Pierre Niney incarne le Vingtième siècle. La Comédie-Française y aurait tout raté ou presque.
Quant à la guerre, dans le texte de Barbier, journaliste, et polémiste, il n'y aurait eu que "collabos" et délateurs : c'est dans l'air du temps, l'Occupation allemande ne devenant plus qu'un détail de l'Histoire, un fond de décor. Mais Niney est remarquable, drôle, irrésistible.
Il croise Gérard Philipe, Ariane Mnouchkine, Patrice Chéreau, ces autres serviteurs du Théâtre, qui sont passés ou passeront aussi, rappelle enfin que Claudel ou Montherlant ont reçu leur consécration chez Molière, tout cela avec sa fantaisie, son innocence, son incroyable professionnalisme. Bravo.
Enfin, le délirant Elliot Jenicot présente le siècle d'en ce moment avec sa folie singulière, son abominable technologie, sa bêtise très argentée, arrachant des rires proches de la suffocation. Quel pitre salvateur, quel comédien !
Evitant tous les pièges du genre-spectacle de fin d'année, commémoration "entre soi", galerie de cire - cette Histoire du Français, qui sait sourire de lui-même, mise en scène avec imagination et ferveur par Muriel Mayette, ravit le public et instruit tous les curieux que la lumière attire: le feu gardé de ce lieu magique.
