Les anglais ont ce talent rare de faire émerger du sublime inattendu autant que du sous-produit sur-mesure. Morning Parade appartient à une de ces deux catégories, mais inutile de vous faire languir…

Le énième groupe anglais pop-rock s’appelle donc Morning Parade et sort un album éponyme qui chatouille semble-t-il déjà les oreilles chou-fleur du prince Charles (Mister Charles étant  bien évidemment une allégorie dans ce cas). Quintet de Harlow, le groupe a bataillé pour se faire une place dans le paysage musical british et, à force de pugnacité, est arrivé à ses fins. Bon, comme toute belle histoire qui se doit, le chanteur-guitariste-pianiste Steve Sparrow et le bassite Phil Titus se sont rencontrés à l’école, ont monté un groupe, auquel se sont adjoint divers musiciens rencontrés, puis ont travaillé comme ouvriers exploités et blablablabla. Passons sur ces détails qui ne manqueront pas un jour de faire l’objet d’une biographie, format poche.

A quoi avons-nous donc affaire ? Des mélodies sympathiques et easy-listening, les refrains entraînants, un lyrisme assumé, la voix du chanteur légèrement cassée  mais aussi des effets sur-utilisés, des ballades volontairement déchirantes mais involontairement pénibles, des facilités mélodiques un peu lassantes. C’est indéniablement brit-pop mais malheureusement pour eux, ce genre est déjà sur-représenté et parfois avec grand talent. Alors pour faire moderne et dans l’air du temps, on y ajoute une pointe de dance et d’électro pour faire bouger le popotin grassouillé des petites anglaises alcoolisées dès 18h le vendredi soir. Résultat, des ficelles grosses comme des pipelines, un son tellement travaillé et propret que l’on a envie de crader un peu tout ça, faire ressortir notre côté punk alors que d’habitude on ne traverserait jamais une rue en dehors des clous.

Reste que le groupe a déjà investi les stades anglais en premières partie de groupe comme Coldplay et a été programmé au festival des inrocks l’hiver dernier. Alors cela reste une énigme anglaise. A l’instar de ceux qui prédisait la mort rapide d’internet en 1982 ou de ceux qui prévoyait l’avenir planétaire du minitel, tel un Paco Rabanne incompris l’avenir me donnera-t-il peut-être tort. Pourtant, enregistré dans le studio de Damon Albarn sous la houlette de Jason Cox qui produisit des albums de Blur, on pouvait espérer un peu plus de rigueur musicale, moins d’artifices. Bienveillant, je vous fais grâce de détailler les onze titres de l’album, mais cependant, je ne peux résister pas à retranscrire les titres de certaines chansons, ne serait-ce que pour souligner le potentiel poétique et subliminal de la chose : "Close to your heart", "Under the stars"…

Alors, peut-on faire une overdose d’inutile ? Pourtant, je ne doute pas que des groupes tels que Morning parade ont une utilité… celle de faire apprécier d’autant plus les autres.