Depuis le 14 mai 2011, la Suite 2806 du Sofitel Manhattan à New York est entrée dans l'histoire internationale de la politique par la porte de service, celle des affaires de moeurs, dont les médias ont fait une porte cochère.
Son occupant, Dominique Strauss-Khan, président en exercice du Fonds Monétaire International, avocat d'affaires reconverti en politique, ex-secrétaire général du Parti socialiste, ex-député, ex-ministre et futur présidentiable, tombe sous le coup d'une inculpation pour agression sexuelle et tentative de viol auprès d'une femme de chambre.
Un an après, cette affaire qui, comme le petit bout de ficelle a fait dévider une pelote, est encore à la une de l'actualité non seulement par la suite de ses démêlés judiciaires, alors même que la matérialité des faits est avérée et non contestée, car subsiste un désaccord de terminologie, rapport "consenti" pour lui, "forcé" pour elle, mais également par la relance de la théorie du complot politique tant par certains journalistes que par l'intéressé lui-même.
Car cette affaire, qui lui a fait perdre immédiatement son poste au FMI, est également survenue presque à point nommé pour l'évincer de la course à l'Elysée de 2012 dont il était le principal challenger de la gauche et mieux, le favori des sondages.
A partir du moment où est retenue la thèse du complot, la question qui se pose, comme en matière de crime crapuleux au demeurant, est de savoir à qui profite le crime. Arrivent en peloton de tête des ennemis potentiels du quidam tant ses challengers potentiels pour le poste au FMI que ses adversaires dans le cadre de la future élection présidentielle, qu'ils soient tant les rivaux de droite que les outsiders du PS.
Face à la trop grande évidence de la thèse de l'exécution médiatique d'un politicien français pour de mesquines raisons électorales franco-françaises, Gilles Bressand et Guillaume Weill-Reynal substituent, dans leur premier opus à quatre mains intitulé très sobrement "Suite 2806", une thèse ayant plus d'envergure, celle du complot international.
Bonne idée que de proposer une troisième voie dans laquelle le coupable n'est pas une personne physique mais un Etat pour un motif qui dépasse les simples grenouillages des politiciens en ce qu'il tient à paralyser le fonctionnement d'une institution internationale en frappant à sa tête.
Ce n'est plus DSK qui est visé mais le directeur du FMI et, en l'occurrence, par rien de moins que les Etats-Unis - ce qui opère une novation de taille, hissant une banale affaire de moeurs au niveau de la raison d'Etat - qui veulent faire capoter un audacieux projet du FMI consistant en une réforme monétaire remettant en cause le rôle de valeur de référence du dollar ("Exciter les pulsions d'un homme pour prévenir les convulsions du monde").
Ils ont même une seconde bonne idée, sur le principe de la mouche dans la soupe, celui de la couille dans le potage pouvant en l'occurrence prêter à confusion, qui tient à un malencontreux télescopage entre la réalité et la fiction, la vie et le scénario de la machination ("La bonne... était la mauvaise, prenant la place de la bonne... qui ne l'était pas !").
Hélas, même avec ces deux bonnes cartes, les auteurs néophytes manquent de souffle ou de métier pour élaborer un thriller politique d'autant qu'ils les utilisent uniquement comme toile de fond pour un roman d'enquête aux ressorts aussi éculés que les personnages que sont les deux enquêteurs amateurs qui ne voient pas plus loin que le bout de leur ego et les piliers des "affaires" avec un clone de Madame Claude, un agent des services secrets français et un ex-politicien reconverti aux basses oeuvres dûment tarifiées sous couvert d'une agence de communication.
