Drame de Victor Hugo, mis en scène de Margaux Eskenazi, avec Sylvie Beurtheret, Laurent Deve, Thomas Moreno, Jean Pavageau et Laure Grandbesançon.
"Hernani", la fameuse pièce de Victor Hugo, créée en 1830, dans le tumulte que l'on sait, est reprise actuellement, par la Compagnie Nova, au Théâtre de Belleville.
La jeune Dona Sol, nièce du Duc de Pastrania, convoitée par un jeune homme qui n'est autre que Dom Carlos, roi d'Espagne, est la maîtresse d'Hernani, jeune noble en rupture de ban, mi-bandit, mi-justicier de ses malheurs familiaux. Le Duc aime sa nièce, les drames se succèdent, les amants mourront, à cause d'un noble serment d'Hernani. Le vieux Duc les rejoindra dans la tombe.
Chef d'oeuvre romantique, la pièce rompt avec les trois unités de temps, de lieu et d'action. C'est le scandale ; lazzis, chahut, empoignades: la première au Français tourne au combat, la fameuse Bataille d'Hernani entre anciens et modernes, têtes chenues et têtes chaudes.
Comment reprendre cette pièce échevelée, outrancière, vibrante et sentimentale, drôle et tragique sans faire sourire ou ennuyer le public blasé du XXIème siècle ?
Margaux Eskenazi, jeune metteur en scène, assistée d'Agathe Le Taillandier à la dramaturgie, a réuni une étonnante troupe de comédiens inspirés et conçu une dramaturgie simple et habile, où les effets "hénaurmes" ne sont pas estompés mais amplifiés et où les envolées lyriques sont libérées jusqu'à la grâce. Il y a chez elle une intelligence de littéraire liée à un instinct très juvénil de la vie et du désir.
Hernani, c'est Thomas Moréno - formé chez Daniel Berlioux, une référence - bouillonnant de naturel, de force, très convaincant héros romantique, à la fois viril et enfantin, qui tient son rôle avec énergie. Auprès de lui, le roi d'Espagne, Laurent Dève, mi-Amadéus, mi-Ludwig, est une véritable révélation, émouvant, frêle, écrasé par son destin, cueilleur d'étoiles, écarté de l'amour, puissant et vaincu: quel comédien !
Dona Sol, parfois Calamity Jane - elle bouscule trop, un peu de grâce, de grâce ! - est incarnée par une excellente comédienne, piquante, Laure Grandbesancon, qui joue juste et fort. Sylvie Beurtheret, duègne irrésistible et Comte travesti (avec les limites du genre), offre une prestation à la hauteur.
Le choix d'un jeune comédien, Jean Pavageau, pour incarner le vieux Duc s'avère justifié: crâne rasé, dont les idées sont les cheveux blancs, appétit carnassier avant le cercueil, cruauté des vieillards face aux vies qui osent naître, le contraste est parfait avec la frénésie des héros et il faut applaudir cette performance.
Hernani est une symphonie de la jeunesse. Rien n'a été trahi. On retrouve tout ici: révolte, foi, vitalité, exigence. Les jeunes gens ne s'y trompent pas, qui s'émeuvent et applaudissent. Et tant pis pour ceux qui souriront ou s'exaspéreront. Car ils sauront ainsi qu'ils sont devenus vieux.
