Comédie de Georges Feydeau, mise en scène de Lionel Fernandez, avec Jean-Adrien Espiasse et Günther Van Severen.

Un inédit de Feydeau, cela ne se rate pas.La courte pièce présentée, "L'homme de paille", écrite alors que le célèbre vaudevilliste avait vingt-deux ans, est mise en scène par un comédien de grand talent, Lionel Fernandez, qui lui a donné folie et légèreté.

Deux jeunes gens, un gandin parisien et un provincial demeuré, ont lu dans la presse que la Citoyenne Marie, une folle politique comme il s'en présente parfois aujourd'hui aux élections, cherche un époux qui se présentera à sa place, le droit de vote étant alors réservé à la moitié masculine de la population.

Par un ineffable quiproquo, créé par la présentation du Bas-bleu troué comme un parfait laideron, l'un va prendre l'autre pour cette hommasse à conquérir ambitieusement.

Incompréhensions, absurde conquête, déchaînements comiques alternent à un rythme diabolique dans cette comédie libre et frénétique, à pieds de nez, où l'on voit les deux compères s'enferrer dans leur erreur, en oubliant de vérifier s'ils sont à la bonne adresse...

Pour réussir le tour de force de nous faire croire à cette fantaisie, il fallait à Lionel Fernandez deux comédiens furieux et il a les a trouvés !

Jean-Adrien Espiasse, le Parisien bien mis, roule des yeux et éructe devant l'aberration de sa (son) partenaire, essaye de recentrer ses idées, avec l'énergie du désespoir. Cascadeur en plus de la comédie, il s'agite avec conviction, hurle, saute, transpire et l'on hurle de rire. C'est un clown élégant et indigné, qui ne se dépare jamais de sa dignité en péril...

Face à lui, en simplet de la Basse-Bretagne, Günther Van Severen, remarquable également, finit par être inquiétant de tant d'aveuglement devant la réalité. Il transcende son personnage, semble subir, par sa frêle constitution, les éructations de son compère, pour finir par lui ébranler l'entendement. Il rentabilisera son billet de train Quimper-Paris ! Son portefeuille accroché à une ficelle, sur sa cuisse, il affronte Paris et ses sortilèges comme Saint-Georges terrassant la Citoyenne Marie, enfin...le Dragon !

On rit sans cesse, la vague monte, la folie prend feu, le scabreux déloge la raison, la vérité se travestit et se déshabille : quelle drôlerie et quel talent que celui de ce trio du rire, Fernandez-Espiasse-Van Severen.

Moment de pur bonheur et de jouissance, cet Homme de paille vise juste et fort et s'embrase sous nos rires !