En 1810, la troisième abbatiale de Cluny, appelée la Major Ecclesia, achevée au 13ème siècle, et chef d'oeuvre de la sculpture romane est devenue une carrière à ciel ouvert.

Et les pierres de son grand portail entièrement sculpté, qui culminait à plus de 16 mètres, étant dépourvues d'intérêt marchand, celui-ci a été tout simplement dynamité.

Il fallut attendre plus d'un siècle pour qu'un architecte américain formé en histoire de l'art médiéval, Kenneth J. Conant, entreprenne des fouilles pour en retrouver des vestiges enfouis qui avaient échappé à la dispersion et à l'utilisation comme pierres de remblai.

Après l'exploitation de nouvelles fouilles intervenues dans les années 80, le Musée National du Moyen-Age, en partenariat avec le Musée d'art et d'archéologie de Cluny, propose, sous le titre "Cluny 1120 - Au seuil de la Major Ecclesia", une exposition de synthèse des travaux de reconstitution réalisés à ce jour.

Cluny, l'art roman en majesté

Chef-d'oeuvre de l'art roman, l'abbatiale de Cluny III aux dimensions impressionnantes qui marque l'apogée de l'ordre clunisien, un ordre bénédictin très puissant, sera la plus grande église de la chrétienté jusqu'à la reconstruction de Saint-Pierre de Rome et constitue le centre du rayonnement de l'art roman qui se caractérise par le caractère monumental de son architecture et l'iconographie syncrétique de sa sculpture polychrome.

L'exposition, conçue sous le commissariat de Damien Berné, conservateur au Musée de Cluny, et Mary Sainsous, attaché de conservation au Musée d'art et d'archéologie de Cluny, se déploie en deux volets complémentaires associant une monstration traditionnelle, agrémentée d'une spectaculaire reconstitution du portail, et une visite virtuelle de l'ensemble de l'édifice.

Au coeur du somptueux volume des thermes de Cluny, la reconstitution grandeur nature du portail, à partir d'une structure métallique dans laquelle ont été positionnés les moulages de fragments disponibles, revêt un caractère d'exception qui permet de prendre la mesure de la taille imposante de l'édifice et constitue la première étape d'un puzzle archéologique.

Par ailleurs, l'exposition rassemble également pour la première fois des fragments de figure de grande dimension, dont l'Agneau de Dieu qui figurait sur la clé de voûte de l'avant-nef, le buste de Saint Pierre, haut-relief provenant du grand portail, conservé aux Etats-Unis au Musée d'art de Providence et l'aigle symbole de Saint Jean l'évangéliste qui entourait le Christ en majesté situé au centre du tympan, prêté par le Musée du Louvre, ainsi que des fragments de décor végétal.

Enfin, à partir d'une maquette virtuelle et de la numérisation des fragments lapidaires retrouvés et conservés au Musée d'art et d'archéologie de Cluny et de l'abondant thésaurus documentaire de Conant, qui pallie à la rareté des sources iconographiques, et en collaboration avec l'école française publique de formation d’ingénieurs généralistes Arts et Métiers ParisTech, la société privée "on-situ", spécialisée dans la conception muséographique et la création graphique a réalisé un film numérique en 3D permettant une simulation virtuelle de l'édifice.