Non, ce n'est pas une blague, ni une parodie de la parodie des Inconnus ! Comment vais-je chroniquer cela ?

L'image du quatuor Mirrors, tout de costume noir vêtu, m'a pourtant convaincue. Elle me fait penser aux trompe-l'œil dont raffolent les Pink Floyd sur leur album. Ummagumma pour être précise. Lights and Offerings, premier album bien léché à première vue, offre une mise en scène parfaite. Les musiciens sont alignés, tel un peloton d'exécution, tandis que le photographe s'apprête à les shooter. Et, vision paradoxale et hypnotisante : sur l'écran blanc de travail, un tableau suspendu révèle l'image d'ensemble répétée à l'infini. C'est, sans nul doute, une subtile métaphore du groupe pour se présenter. Mais l'habit ne fait pas le moine...

A la première écoute, je souris.
"Fear of Drowning", le premier titre me plonge quelques décennies en arrière. Imbibé de clavier aux sonorités "spatiales", je suis partagée entre ces souvenirs enfouis d'anciennes séries TV et ces heureux souvenirs de parodies-sketches des Inconnus. Pour ne pas me laisser piéger par les sens, j'explore rapidement les pistes pour m'imprégner du fil rouge... Non je ne rêve pas une image. Chaque titre suivant est bien le reflet du précédent. L'impression de ce voyage musical au cœur des années 80 me gagne. Et malheureusement, cette période "électro" ne me correspond pas.

Je me plonge, tout de même, dans ce nouveau projet.
La genèse de Mirrors, vous l'aurez deviné, ne date pas des années 80. C'est le fruit récent de l'imagination de James New and Ally Young. Le split du gentil Mumm-Ra, ancien groupe dont faisait parti ce même James, l'a conduit à entamer une nouvelle aventure. C'est peut-être poussé par la volonté d'une cassure complète avec l'"indie pop", qu'il a décidé de créer des compositions teintées d'"electronic soul" ou de "pop noir" - avant cela, je ne connaissais pas ces appellations.

Le groupe de Brighton se dit héritier ou, en tout cas, inspiré de OMD, Depeche Mode, New Order ou encore Kraftwerk. Assurément, Mirrors construit ses morceaux autour d'un schéma carré et épuré : une batterie électronique, un tempo invariant, une voix monocorde... En vérité, l'âme profonde de l'album me semble être le jeu du synthétiseur. Il colore l'ensemble et fait vivre les dix titres, comme une bande-annonce de film de science-fiction. Paradoxalement inorganique.

Je sais dorénavant pourquoi l'"electronic soul" n'est pas ma tasse de thé. La musique au millimètre ne me transcende pas. Et pourtant, ne m'en déplaise, Mirrors est cohérent avec son image. Quoi de plus synthétique voire artificiel qu'un reflet ?