Hammock,
Swamp, Ocean, Scrub.
The Four trees on the front of this album represent the four disctinct
areas where I grew up.
[...]
All four speak to me about who I am.
Toute la musique qu'ils aiment, elle vient de là bas, elle vient du blues.
Mais elle vient surtout de la région d'origine de JJ Grey. Région forestière du centre de la floride. Et plus précisément, un lac auprès duquel il a grandi. Lochloosa. Entouré d'arbres cet endroit est le centre du monde pour JJ Grey. Preuve en est ce disque tout entier dédié à ce coin de paradis écrit avec Daryl Hance sous le nom de Mofro.
Tout commence, non pas par le premier morceau (petite piste introductive de quelques secondes), mais par la pochette de Lochloosa. 4 arbres alignés en ombres chinoises, 4 arbres d'essences différentes.
Mais cela ne s'arrête pas là puisque la première page du livret écrite par JJ Grey est un court texte, cité in limine de cette chronique, nous expliquant le pourquoi du comment de ces arbres et de l'importance de cette région dans sa vie.
Aussi la musique sera à l'avenant, intimiste et essentielle. Slide guitare, harmonica, piano, basse et batterie composent l'essentiel d'une instrumentation des plus classiques mais ô combien efficace quand elle est mise en de bonnes mains. Et celle de Grey et ses acolytes sont parfaites.
Si la musique est indéniablement country blues de facture plutôt classique, Mofro sait renouveler le genre et s'approprier, discours aidant, une musique parfois en voix de ringardisation, les lourdeurs du trop maniéré Ben Harper n'y étant pas étrangère (même si Ben est remercié en note de pochette, pas rancunier les bouseux de Mofro).
Souvent réduit à sa plus simple expression, le blues de Mofro nous prend au ventre, comme sur "Gal Yougin" tout droit issu des bayous crasseux entre la BO de O'Brother et le blues rock des années 50/60.
Superbement désuet, ce disque est à la hauteur de ses ambitions et l'on partage volontier l'amour de JJ Grey pour sa terre natale qu'il traite comme un membre de sa famille ("Homesick but it's alright/Lochloosa is on my mind/She's on my mind" sur "Lochloosa").
Nous sommes loin ici du blues extravaguant de Blues Explosion ou des tout récents Archie Bronson Outfit mais ce blues ci, dans la lignée de la grande tradition américaine est un délice de songwriting. La voix de JJ grey étant également à la hauteur des grands avec ce phrasé si particulier qui se doit d'être en phase avec les slides de la guitare, exprimant tout autant la mélancolie que la fierté. Une voix de bluesman pur et dur pour ce tout jeune blanc bec qui s'ouvre à une bien belle carrière... si les innombrables bestioles peuplant la région de Lochloosa ne le mangent pas avant.
Lochloosa est un bon disque, c'est aussi un beau disque (avec même une petite vidéo du groupe en live) et il y a fort à parier qu'il en réconcilera plus d'un avec un country blues ayant du mal à trouver ses lettres de noblesse entre auto caricature et musique élitiste façon jazz.
