Extraits du journal de Jean Moulin, mise en scène de Christian Fregnet, avec Valéry Forestier et Christian Julien.
Une scène, un grillage, deux hommes, un blanc et un noir. Le célèbre résistant, héros romantique de l'Histoire de France, est alors interné avec un tirailleur sénégalais, soldat de l'Empire et frère d'infortune.
Comment réagir face au renoncement symbolisé par Vichy, qui ne parviendra jamais qu'à être "L'Etat français" mais non la France ?
Réagir ? Infiltrer ? Renoncer devant la force ? Inventer un nouvel avenir pour la patrie ?
Pendant que le Général de Gaulle, à Londres, "invente" la France libre avec le peu de forces matérielles dont il dispose, le préfet réfractaire qui a si peu de jours devant lui incarne, lui aussi, cette résistance rebelle et se découvre, dans cette conversation nocturne, avec son compagnon de cellule.
L'idée, séduisante, est portée par deux comédiens talentueux, Valéry Forestier et Christian Julien. C'est difficile d'incarner cette figure sensible et virile, énigmatique, qu'est Jean Moulin.
Le danger vient d'une interprétation "a posteriori" avec les tics, les préjugés, les vérités immuables qui bougeront, la poussière vaine de notre temps.
La jeunesse et la conviction des deux compères font oublier les naïvetés incontournables de l'opération. Les écueils bébêtes, les clins d'oeil à la paupière de plomb, les niaiseries du "politiquement correct", les mensonges idéologiques sont évités souvent, avec tact, et même si on sait que les protagonistes ne se sont jamais dit "ça" et "comme ça", on s'émeut de ce beau courage d'homme jeune et seul devant la barbarie et qui se dresse avec sa faiblesse et sa vitalité.
Pour tous les réfractaires à l'Histoire noble, "Premier combat", ce voyage par le "petit coin de la lorgnette", permettra de parler toujours et encore, à sa manière, de la Résistance et de ses grandeurs, du possible, du toujours possible, devant l'Inhumain.
