Nice accueille une grande dame.
Une femme photographe, une artiste aux mille univers argentiques. Le Théâtre de la Photographie et de l’Image expose quelque 130 photographies, de tous formats, en noir et blanc et en couleurs. Pas moins. L’univers si particulier de l’artiste est à découvrir jusqu’au 12 février 2012.Plus de vingt-cinq ans d’un travail artistique qui interroge notre regard de visiteur. Qu’est-ce qu’un photographe aujourd’hui ? L’expo y répond avec la même force que si nous nous interrogions sur l’art pictural.
Sarah Moon nous ouvre à la photographie à l’imaginaire fantasque, à la manière de la redécouverte d’un Méliès. Ici le noir et blanc se juxtaposent aux couleurs, comme un travail au pochoir. La transparence de la pellicule est visible, comme si nous regardions les œuvres au contre-jour du soleil. Il en va de même de cette interrogation en voyant ses films, qui seront projetés pendant l’exposition. A retenir "Mississipi One". Son premier long métrage.
L’artiste se comporte en magicienne. On se demande même si elle n’a pas quelques pouvoirs dissimulés ? La photographe nous étonne et nous subjugue. Son univers y est naturellement pour quelque chose. Une mise en forme unique de l’espace, de la lumière, mais aussi de l’humain. Mais pas seulement ! La texture est là, aussi, travaillée dans l’envoûtement de la profondeur du champ.
D’ailleurs ce n’est pas pour rien que l’on reste si longtemps le nez sur chaque œuvre exposée ! Que recèle-t-elle de si "magnétique" ? Peut-être le temps que la photographe cherche à "… mettre à jour (…), anticiper l’échéance...Et qui voudrait alléger le bagage au risque de ne plus pouvoir partir".
Représentante d’une mouvance artistique, d’une "photographie impressionniste", Sarah Moon tire peut-être cette "impression" de ses études de dessin et de son travail dans le domaine de la mode. Est-ce son mannequinat qui, rapidement, offrira à ses premières images cette élégance soyeuse ? Ce sentiment de tissu porté ? Une chose est sûre, ses œuvres photographiques, et notamment celles de Cacharel, la feront connaître mondialement.
La force créatrice d’un artiste est d’oser. Oser tout arrêter, oser tourner le dos aux commandes qui affluent des magazines comme Marie Claire, Vogue ou encore Harper’s Bazaar, pour ne se consacrer qu’à son art. En cela l’année 1985 est un point de non retour dans sa vie d’artiste.
Bénéfique, ce changement de cap ! Sarah Moon recevra les années suivantes de nombreuses distinctions pour son travail. Une œuvre bien remplie que l’on doit admirer à Nice. Naturellement, on ne peut pas résumer un artiste en 130 photos. Sarah Moon en est consciente, elle qui a dû faire des choix pour concevoir le parcours de l’exposition. Il n’y a rien de plus difficile que le choix.
