Comédie dramatique écrite et mise en scène par Nicole Gros, avec Jeanne Carré et Jeff Esperansa.
Avec "Si par une nuit bleue et froide...", Nicole Gros a écrit une partition pour deux personnages sous forme d'un huis clos énigmatique et déroutant d'une facture singulière qui fonctionne comme une pièce à engrenage.
Cela commence par une situation dramatique d'un faux réalisme à la Simenon pour obliquer vers une manipulation d'une inquiétante étrangeté avant de basculer sur une aussi inattendue qu'intéressante mise en abyme.
Un jeune homme s'introduit dans le modeste pavillon d'une femme seule d'une cinquantaine d'années dont il va épier l'étrange comportement : en effet, celle-ci s'absorbe dans un simulacre qui tient à maintenir la présence d'un fils mort tragiquement. Un simulacre dans lequel celui-ci va s'immiscer, y trouvant son compte sans que cela n'étonne la femme.
Quand l'atmosphère lourde et tragique se dissipe ce n'est que pour laisser s'insinuer une confusion autour du jeu de l'acteur, entre le personnage, l'homme et le comédien.
Dans une mise en scène de Nicole Gros très épurée au tempo lentissimo de huis-clos psychologique, Jeanne Carré, comédienne aguerrie au visage de belle personne et au jeu tout en nuances, et Jeff Esperansa, jeune comédien au jeu très actor's studio, donne corps et crédibilité à la confrontation névrotique de deux individus qui, avec une personne de substitution, semble initier un processus de catharsis qui pourrait bien être de résilience : une mère dont le fils meurtrier de plusieurs personnes a été tué pendant sa cavale et un homme sans famille en quête de reconnaissance.
Il faut absolument saluer la remarquable prestation des deux comédiens qui maîtrise une partition minimaliste sur le fil du rasoir dans laquelle les silences pèsent plus que le poids des mots et appelle une grande qualité d'écoute.
