Comédie dramatique de: Eric-Emmanuel SCHMITT, mise en scène de Christophe LIDON, décor de Claude LEMAIRE avec Danielle DARRIEUX
L'auteur, Eric-Emmanuel Schmitt, prend des risques en s'essayant à retranscrire l'univers des enfants et ce dans un cadre particulièrement douloureux et délicat celui des enfants malades face à la mort. Mais c'est un bon faiseur.
Le texte, qui n'est pas un grand texte de théatre, évite toute morbidité et toute affliction et repose sur le stratagème ingénieux de mamie Rose, visiteuse d'hopital, qui propose à Oscar de vivre chacun des derniers jours qui lui restent comme s'il durait 10 ans. L'enfant se prend au jeu et dresse, à l'issue de chaque journée, le bilan des petits évènements de sa vie à l'hôpital en les transposant à une d'homme en un raccourci foudroyant, bilan qu'il adresse à Dieu présenté de façon athéiste.
Mamie Rose, c'est Danielle Darrieux, un des derniers monstres sacrés du cinéma remonte sur les planches . Elle a du talent on le savait déjà, mais dans ce rôle difificile ou plutôt dans la multitude de rôles avec lesquels elle doit jongler pendant 1h30 seule sur scène elle se montre remarquable. Sans effet, elle incarne aussi bien le jeune garçon que la catcheuse pittoresque avec crédibilité et justesse. Elle porte la pièce sur ses frêles épaules et on prend la main qu'elle tend à l'enfant désemparé par son propre destin et par l'incapacité de ses proches, médecin ou parents, à l'aider au moins par la parole.
Comme si les proches étaient incapables de réconfort ; et c'est souvent vrai dès lors que la mort des êtres chers nous renvoie vers notre propre mort qui, dès que l'on en prend conscience, prévaut ;
Ainsi, Oscar sait bien qu'il n'intéresse plus les médecins dès que les thérapies deviennent inefficaces : ces derniers n'aiment pas les échecs qui portent atteinte à leur ambition de démiurge et Oscar, plus gênant vivant que mort, devient transparent à leurs yeux
Ses parents, accablés et incapables d'affronter l'avenir immédiat, se renferment sur leur douleur de parent qui vont perdre un enfant et se réfugient dans le silence larmoyant. Reste mamie Rose celle qui peut dire les choses parce qu'elle n'est là que de passage et pour aider à cette transition de vie à trépas.
Un certain sentiment de longueur se dégage du spectacle. Mais il ne s'agit que d'un mécanisme d'auto-défense du spectateur. La pièce n'est pas longue même si elle comporte les 12 scènes correspondant aux 12 derniers jours Elle paraît longue parce que leur progression inexorable peut instaurer un certain malaise dû à l'attente de la dernière scène de cette mort annoncée, d'autant plus pénible qu'elle concerne un enfant et au fait que la pièce suit le déroulement de la vie ordinaire de l'homme qui conduit inexorablement à la mort l. Ce n'est jamais un rappel plaisant et il induit souvent une projection sur soi Comme le dit mamie Rose à Oscar et Oscar à ses parents : l'autre, toi , toi aussi tu vas mourir un jour. Ce n'est pas une révélation certes, mais chaque prise de conscience de cette épée de Damoclès reste pour le moins dérangeante.
La pièce tient la route et offre à Danielle Darrieux un succès bien mérité. En revanche, le décor est mauvais et superfétatoire .Il correspond à la tendance actuelle du donner à voir pédagogique, à l'instar de la signalétique contemporaine, pour bien expliquer au spectateur, où on est au cas où il serait trop bête pour comprendre tout seul, et les illustrations visuelles et sonores ponctuant certaines scènes sont épouvantables.
Un regret aussi : même si Danielle Darrieux a un petit brin de voix un peu surrané, la chanson finale, qui veut réconforter en évocant l'éphémérité des flocons de neige, n'apporte rien au propos et casse l'émotion. De même, pourquoi ne pas finir sur la phrase : l 'enfant est mort ? Pourquoi vouloir là encore tout expliquer au spectateur en dévoilant notamment que mamie Rose racontait des histoires ? Ne l'avait on pas deviné ?
Et puis, saluons une fois encore le courage des comédiens de pouvoir jouer et se concentrer, surtout seuls sur scène et dans des rôles intimistes, dans un concert de toux et de sonneries de SMS (pour ne pas citer toutes les flatulences sonores !)
