Comédie de Bertolt Brecht, mise en scène d’Isabel Osthues, avec Véronique Vella, Cécile Brune, Sylvia Bergé, Laurent Natrella, Marie-Sophie Ferdane, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, Félicien Juttner et Elliot Jenicot.
Bertold Brecht a vingt ans lorsqu'il écrit "La noce chez les petits bourgeois", pièce de jeunesse aigre-douce sur l'apparence et les faux-semblants.
Un couple fraîchement marié est attablé avec ses invités, dans la maison du bonheur. Il y a le père de la mariée, un rustre, la mère, une brave ménagère, la soeur vieille fille qui ronge son frein, un laquais insolent, ami du marié, qui chante des couplets salaces, un jeune homme égaré et un couple d'amis qui illustre la décrépitude de la vie conjugale. Il faudra résister à tous ces gens-là avant de pouvoir vraiment vivre;
La mise en scène d'une Allemande, Isabelle Osthues, apporte, avec l'intelligente traduction de Magali Rigaill, un éclairage nouveau à cette oeuvre. Brecht, ami du chansonnier munichois Karl Valentin, a été beaucoup influencé par sa verve et son esprit moqueur. Le metteur en scène le rappelle en costumant le père du marié à la manière de Valentin. Quant au décor insensé, où le bois clair évoque ces meubles suédois qu'il faut monter soi-même au péril de ses doigts et du postérieur de ses invités, il joue un rôle central dans la pièce.
On rit, beaucoup, devant la misérable perversité de ces invités jaloux de la joie naïve des mariés.
Excellente Véronique Vella, comme toujours, en soeur hystérique et faisant tapisserie. Nazim Boudjenah, le marié, est drôle, touchant, virevoltant, féroce au bras d'une Marie-Sophie Ferdane au bord de la crise de nerfs. Félicien Juttner est un jeune homme touchant, voulant faire plaisir pour justifier son rond de serviette.
Elliot Jenicot, formé à l'Ecole du Cirque, est un bon monsieur Loyal et une jeune recrue en rodage, dans le rôle du père. La Brune - Cécile Brune - irrésistible comme toujours, incarne une mère débordée et hilarante. Dans le rôle de l'ami incontrôlable : Stéphane Varupenne, qui chante à merveille et joue avec finesse et force.
Mais les lauriers reviennent au couple marié et corrompu : Laurent Natrella, épatant, et la perle de cette soirée, Sylvia Bergé, éblouissante, drôle, méchante, au sommet de son art de comédienne, qui n'a peut-être jamais autant qu'ici atteint sa perfection : un Van Dongen, traversant "Les Damnés", une étoile de haute lignée.
Pièce forte et décapante, comédiens déchaînés, émotion et drôlerie déferlantes. Décidément, le Français ne n'est jamais aussi bien porté.
