Comédie dramatique de Rolf Hochhut, mise en scène de Jean-Paul Tribout, avec Claude Aufaure, Mathieu Bisson, Emmanuel Dechartre, Eric Herson-Macarel, Laurent Richard, Xavier Simoni et Jean-Paul Tribout.
La pièce sulfureuse de l'auteur allemand Rolf Hochlut est reprise actuellement au Théâtre 14.
Créée en 1963, une décennie après la mort de Staline et l'année de l'ouverture du Concile de Vatican II, qui allait entraîner tant de révolutions dans l'Eglise, la pièce traite des atermoiements prêtés alors au pape Pie XII face à une condamnation ouverte de l'Holocauste perpétré par l'Allemagne
Un nazi "repenti"; Gerstein convainc le jeune Riccardo, prêtre et fils du Comte Fontana, d'aller trouver le Saint-Père pour l'enjoindre de contraindre Hitler à renoncer à la solution finale. Freiné par un cardinal chaffouin, appelé à la raison par un "père noble" qui admire sa pureté, il jette sa requête aux pieds du Souverain pontife, qui la foulera au nom de la "raison d'état"...
La tragédie est consommée. La parole dernière reviendra au nazi à brassard qui montrera l'hypocrisie de ces clercs véreux et la limpidité de son âme meurtrie.
Et après ? Après, il y a eu "Amen", film à charge, qui ne brilla ni par l'honnêteté intellectuelle, ni par la vérité historique. Puis, la vérité historique, qui jaillit de plus en plus et n'accable plus Pie XII. Puis la révélation des liens troubles de l'auteur avec le révisionnisme et un de ses chefs, Irving. Enfin, la prochaine béatification du pape du temps de la Guerre, qui gêne, peut-être.
Malgré ces réserves, "Le Vicaire" est un curiosité : un pain de dynamite devenu pétard mouillé, qui n'effraiera plus les Chrétiens, fera sourire un public intelligent et décevra les "bouffeurs de curé", s'il en reste assez pour garnir un rang.
Et quelle occasion de voir des comédiens magnifiques jouer avec ces marionnettes cléricales : Claude Aufaure, l'"Habilleur" de Terzieff, fabuleux cardinal gourmand et humain, jouissif, excellent, caricature truculente et sucrée.
Eric Herson-Macarel campe un humaniste au sourire trop manipulateur pour être vrai ("La guerre, gross malheur !") tandis que Mathieu Bisson est un petit cureton émotif et indigné, un curé de campagne qui lit trop le journal. Xavier Simonin incarne un Juif bouleversant de justesse et un Père général de granit et de sang : bravo ! Jean-Paul Tribout, père noble, signe aussi la mise en scène.
Enfin, "bis" à Emmanuel Dechartre, sublime Pie XII, cynique, diplomate, Talleyrand : on ne peut que haïr et la flèche vibre musicalement dans sa cible. La messe est dite.
Ce "Vicaire" kitsch, unilatéral, naïf révèle aussi cette générosité de l'Allemagne à nous faire partager sa culpabilité essentielle et massive : en ces temps de l'union de l'euro qui peine, n'est-ce pas à l'art, même pompier - et pyromane ? -, de nous rassembler quelque peu ?
