Spectacle conçu et mis en scène par Bruno Geslin d'après un texte de Unica Zürn, interprété par Claude Degliame et les Coming Soon.
"Dark Spring", conçu, scénographié et mis en scène par Bruno Geslin, constitue une variation pluridisciplinaire sur la thématique de la sexualité ténébreuse articulée autour du dernier écrit de l'artiste surréaliste allemande Unica Zürn, sans doute davantage connue pour son oeuvre graphique, ses troubles psychiques sources de sa créativité jusqu'à sa destruction et sa liaison avec Hans Bellmer, artiste plasticien obsédé par le corps en tant qu'objet des pulsions de vie et de mort.
Dans un de ses derniers écrits qui est considéré comme livrant les clés de son âme et de son oeuvre et qui en décline les différents thèmes, un récit autofictionnel intitulé "Sombre printemps", elle raconte la fin tragique d'une fillette, vraisemblablement atteinte de névrose hystérique, qui depuis la naissance est envahie et obsédée par la conscience d'une sexualité violente liée au désir et au corps, quasiment dissociée du sentiment, et représentée comme un acte de soumission à la volonté d'un inquiétant aréopage masculin.
Bruno Geslin a confié à la comédienne Claude Degliame le récitatif dont les motifs sont, en parallèle ou en contrepoint, repris musicalement par le jeune groupe pop Coming Soon dans une déclinaison singulière et inattendue qui n'emporte pas totalement la conviction nonobstant le talent intrinsèque des intervenants.
Leur juxtaposition, sur une scène en échiquier de carreaux noirs et blancs plongée dans la pénombre et régulièrement balayée par un rideau translucide, contribue à décontextualiser l'univers du roman d'Unica Zurn qui se situe dans l'Allemagne des années 30 pour l'immerger, par transposition analogique, dans l'onirisme psychédélique et le mal être adolescent version "Dead is more perfect than life" des sixties.
Coming Soon, connaissant leurs classiques, ont allègrement puisé dans la musique phare des années soixante avec les ballades de Léonard Cohen, jusqu'à en prendre ses intonations vocales, ou de Simon et Garfunkel, et même le "Testar" des Tornados, avec une incursion dans le pos-rock avec la progression malestromique et les riffs martelés à la Mogwaï.
Claude Degliame est une comédienne magnifique au talent incandescent dont la scansion singulière apporte aux textes qu'elle intériorise de manière très incarnée un vibrato flamboyant. En l'occurrence, elle imprime à la prose morbide dépourvue d'affect de Unica Zürn, sa scansion habituelle mais de manière dilatée jusqu'à l'anti-naturel qui déconstruit la syntaxe et use d'une phonétique atypique poussée à l'extrême qui érige le texte en douloureux sanglot permanent parfois à la limite de l'audible.
