Comédie dramatique de José Ramón Fernández, mise en scène par Nassima Benchicou, avec Anne-Laure Connesson, Tristan Petitgirard et Michel Papineschi.
"Reine de la plage" d'une petite station balnéaire espagnole, Nina quitte pourtant du jour au lendemain sa ville natale pour poursuivre ses rêves de gloire.
Quelques années plus tard, elle revient au pays et rencontre Blaise, un de ses vieux amis. Le temps d'une nuit les deux jeunes gens évoquent entre douleur et nostalgie le passé, les rêves échoués sur le rivage de la vie, les illusions perdues, leur impuissance respective.
Œuvre du dramaturge espagnol José Ramón Fernández, considéré comme l'un des auteurs théâtral les plus marquant de l'actuelle scène espagnole, "Nina" est l'occasion de découvrir cet écrivain hispanique, inconnu ou presque en France. Il a pourtant, entre autres, remporté le le prix Calderón de la Barca décerné par le ministère de la culture espagnol pour sa pièce "Para quemar la memoria" et le prix Lope de Vega remis par la ville de Madrid pour "Nina".
Si l'auteur avoue s'être beaucoup inspiré de "La mouette" de Tchekhov, son texte révèle un traitement très hispanique des personnages, livrés bruts et sans faux semblants, douloureusement lucides et dignes dans leur désespoir, dotés d'une grande violence intérieure toujours à fleur de peau.
Très sobre, la mise en scène de Nassima Benchicou laisse avant tout le texte s'exprimer de lui-même dans la bouche des comédiens Anne-Laure Connesson, Michel Papineschi et Tristan Petitgirard. Chaque mot employé semble travaillé, pesé, et pourtant, l'essence du propos apparaît très vite comme étant ailleurs : dans les non dits, les silences, l'atmosphère qui se crée, l'ambiguïté des corps, des regards.
Malgré un manque de nuance dans l'interprétation, l'intensité du texte, qui décrit parfaitement des sentiments complexes et contradictoires, emporte le spectateur au coeur de la fragilité, de la sensualité, de la tendresse et de la tristesse qui caractérisent cette pièce vaporeuse habitée par la musique jazz de Chet Baker.
Un très beau texte à découvrir.
Cécile B.B.
