Comédie dramatique de Frank Wedekind, mise en scène de Robert Wilson, musique et chants de Lou Reed, avec Ulrich Brandhoff, Alexander Ebeert, Anke Engelsmann, Markus Gertken, Ruth Glöss, Jürgen Holtz, Boris Jacoby, Alexander Lang, Marko Schmidt, Sabin Tambrea, Jörg Thieme, Georgios Tsivanoglou, Angela Winkler et le Berliner Ensemble.
Cette nouvelle version de "Lulu", célèbre par l'opéra d'Alan Berg, s'annonce comme un des grands événements de la saison.
Lulu est une femme fatale, fatale à elle-même, qu'une ingénuité vraie ou fabriquée, soumet à la rêverie désirante des hommes. Suicidaire et hantée par cette liberté, la femme court vers son destin, comme une flamme dans l'herbe sèche.
Sur cette trame simple, mais que nos phantasmes contemporains éclairent d'un jour nouveau, Robert Wilson, l'esthète post-décadent, a construit une ménagerie féroce, où la danse, le mime, la musique, la commedia dell'arte s'invitent pour une danse frénétique devant la cage où la femme s'est enfermée.
A l'allemande, dans un univers à la Murnau et à la Dreyer, tout de noir, de blanc, de néon, de fard, les ombres s'agitent, avec un choeur dont les échos rappellent parfois des airs d'"opéra-rock" de jadis, les Who ou Tommy.
Dans un propos drôlissime où "Frou-Frou - l'air ravissant de nos aïeules - est assimilé à un hymne à l'asservissement de la femme (plutôt à la Femme !) on comprend, et le programme l'énonce, que nos préjugés provisoires sont convoqués pour plaindre "Lulu" : le désir masculin est délinquant, la femme, victime, la société, complice, tous les messieurs qui n'aiment pas les dames et les dames qui n'aiment pas les messieurs s'accordent sur cette mention dans une union sucrée un peu écoeurante...
Toutes ces flammèches volètent et Lulu existe, se farde, agonise, aime, sans que cela l'affecte beaucoup. Le mythe résiste. La musique de Lou Reed existe, le Berliner Ensemble laisse jaillir des sons de l'univers.
Quant à Lulu, c'est Angela Winkler, lunaire, fantasmagorique, tragédienne du clair-obscur, la fille qu'Arletty aurait pu avoir avec son officier allemand... Le décor paraît d'un Bérard ressuscité au pays de Magritte.
Etrange et belle soirée chez Sarah Bernhardt.
