Adaptation théâtrale du roman éponyme de Boris Vian par Judith Davis, mise en scène de Béatrice de La Boulaye, avec Blandine Bury, Hubert Delattre, Cindy Doutres, Romain Vissol, Nicolas Guillot et Marie Hennerez.
Le tout nouveau Théâtre de Belleville, ouvre sa première saison avec, entre autre, une pièce adaptée par Judith Davis, du roman éponyme de Boris Vian : "L'écume des jours".
Dans un univers fictif et décalé, un jeune homme riche et oisif, Colin, interpellé par l'amour que porte son meilleur ami Chick pour la belle Alise, s'éprend à son tour d'une jeune et jolie jeune fille prénommée Chloé sur un air, du même nom, de Duke Ellington. Il l'épouse et voulant faire le bonheur de ses amis, donne la moitié de sa fortune à Chick, qui lui est pauvre - puisqu' ingénieur et non cuisinier - afin qu'il épouse de son côté Alise.
Mais très vite un nénuphar se met à pousser dans l'un des poumons de Chloé et Colin se ruine à la couvrir de fleur, seul remède connu contre cet étrange mal, tandis que Chick dilapide tout son pécule dans ce qui a trait de près ou de loin à son idole: le philosophe Jean-Sol Partre, au grand désespoir d'Alise, bientôt acculée aux dernières extrémités.
L'amour, le monde du travail, la mort, la maladie, le jazz, la superficialité, le star système, sont autant de thèmes traités avec une apparente désinvolture dans le roman de Boris Vian, qui, par le biais poétique et quasi onirique de l'absurde, se révèle bien moins léger que son ton pourrait le laisser entendre.
Béatrice de la Boulaye, à la mise en scène, a pris le parti d'exacerber les mécanismes de narration de l'auteur, jouant immodérément le jeu de l'absurde et du contre pied. Il en résulte un visuel exubérant, fait de cubes bariolés de carton pâte et de couleurs vives, et un rythme tout en cassures qui accroche sans cesse le spectateur. Un bruiteur facétieux accompagne le texte, mi narré, mi joué, tantôt pour accentuer un gag, tantôt pour nous rappeler l'amour immodéré de Vian pour la musique jazz.
Cette adaptation, à la manière d'une cour d'école, qui mise sur le jeu plus que sur l'interprétation, permet d'accentuer de nombreux aspects du roman, tels que la naïveté et la superficialité heureuse d'une jeunesse oisive et par opposition, l'étroitesse d'esprit d'un monde adulte englué dans des devoirs et des responsabilités, qu'il croit au début passagers, mais qui s'avèrent très vite prendre toute la place, jusqu'à tout dévorer.
La contrepartie de ce choix de mise en scène est qu'il tolère peu de flottement dans la réalisation, sous peine de facilement déraper dans l'amateurisme, écueil, à certains moments, qu'il n'a malheureusement pas été possible d'éviter.
La distribution, un peu inégale, est jeune et dynamique. Cindy Doutres est particulièrement drôle et Nicolas Guillot, très professionnel, campe le personnage du cuisinier, un autre Nicolas, de manière très convaincante, tandis que Romain Vissol se révèle particulièrement touchant dès qu'il tombe le masque de superficialité qui colle à la peau du jeune Colin dans tout le début de la pièce.
Quoi qu'il en soit, ce joyeux délire collectif des comédiens, bruiteur, et metteur en scène, déploie une telle énergie et une telle bonne humeur, qu'on oublie très vite les petits accrocs pour se laisser porter par la plume inimitable de Boris Vian, son esprit, son humour, si bien rendu par Béatrice de la Boulaye qui réussit le pari insensé d'une adaptation tout à la fois originale et des plus fidèles à l'auteur.
