Comédie dramatique écrite par Xavier Jaillard et Bérengère Dautun, mise en scène de Xavier Jaillard, avec Bérengère Dautun et Yvan Varco.
Janvier 1898. Un froid polaire s'est abattu sur la France. Quelques mois plus tôt, un brasier a grillé la Charité et son bazar et tout une bonne société qui a vendu son âme. Loin de là, au large de Cayenne, diabolisé dans son île, que peut encore espérer le capitaine Dreyfus de la Justice ?
C'est à ce moment précis qu'éclate le "J'accuse !" de Zola, météorite incandescente, qui enflamme les consciences.
Bérengère Dautun et Xavier Jaillard - qui signe une mise en scène discrète et imaginative - ont imaginé ce spectacle où Zola explique pourquoi il porte ces terribles accusations à la face du Président de la Républiques, conséquence des iniquités de l'Etat-Major et où Madame Zola, dans l'ombre, soutient ce combat que toute la force d'écrivain de son mari justifie et provoque.
Yvan Varco, reprenant un rôle que de grands acteurs ont déjà porté - Jean-Claude Drouot ou Eliezer Mellul - lui donne une force et une générosité particulières, retrouvant l'audace de cet "étranger" qui s'attaqua à l'Armée et à ses chefs.
Madame Zola, c'est Madame Dautun, la dame du Français, dont l'élocution et le timbre sont légende, et qui convoquant tous les grands esprits de la Lumière, de Rabelais à Hugo, en passant par Madame de Gouges et la pauvre Louise Michel, les relie à son mari célèbre, toute à sa foi et à son dévouement.
Mais le plus important, c'est le cri qu'elle pousse, parfois à la limite de la naïveté, pour nous qui assistons à l'"après-progrès", pour ce qu'elle appelle tolérance et qui mériterait le plus fort mot d'amour, amour de l'humanité, dans ses nuances et le chatoiement de sa liberté. C'est une Troyenne qui harangue, une voix de falaise et de gouffre, la voix de notre plus grande tragédienne, et notre époque, qui n'aime ni la vérité ni la liberté, ennemies d'une technologie défaillante et aliénante, entend ce cri avec stupeur et c'est exactement ce pourquoi le théâtre est fait.
Même si l'on n'aime pas Zola, le littérateur fabriquant, l'idéologue romancier, même si l'on sait, plus de cent ans après, que l'Affaire a servi à consolider une république bancale et qui n'a pas toujours aimé ni la tolérance religieuse, ni la liberté, jusqu'à se saborder un été de 1940, on ne peut pas ne pas écouter Bérengère Dautun sans en avoir l'âme bouleversée et oser l'espoir, cette désuète pulsion.
La fin est suffocante, en tous sens. A voir pour connaître et se réveiller.
