Malgré toute la bienveillance, vieille de plus de dix ans, que l'on peut avoir pour les strasbourgeois du Weepers Circus, il faut bien reconnaître qu'il est difficile, album après album, de se demander s'ils ne gâchent pas leur talent à chercher "le truc" qui marcherait, c'est-à-dire : les propulserait en tête des gondoles du rayon chanson française des hypermarchés d'une culture soit-disant indépendante.

N'importe où hors du monde est bien entendu loin d'être un mauvais disque. On y retrouve, dans un écrin plus électro-rock que jamais, la voix expressive d'Alexandre George, un sens réel des textes, évocateurs plus que narratifs, des compositions riches. Mais l'impression reste là, poisseuse, que le cirque des gens qui pleure serait jaloux du succès d'autres formations. Le sordide et si mondain espoir du succès, certainement...

Une référence vient immédiatement à l'esprit : le groupe Dionysos. Le projet de N'importe où hors du monde (associant un disque à recueil de textes, qui s'annonce dans deux éditions différentes, un disque-livre pour les disquaires, un livre-disque pour les libraires) rappelle en effet étrangement les dernières aventures du groupe de Mathias Malzieu (on songe à Monsters in love et à son pendant littéraire, Maintenant qu'il fait tout le temps nuit pour toi ; mais aussi, bien entendu à la Mécanique du cœur, qui assume la dualité livre-disque). Bien sûr, ce n'est pas la première fois que le Weepers Circus associe musique et littérature (spectacle pour enfant Weepers Circus à la récré), bien sûr...

L'album s'adjoint également les services d'un grand nombre d'invités, éventuellement mieux connus du grand public que leurs hôtes, parmi lesquels on citera : Cali (dont on ne peut s'empêcher de penser que la voix n'a, décidément, rien à faire là), Jean Fauque (le parolier derrière les meilleurs Bashung), Jean Rochefort (qui venait déjà poser sa belle voix sur les textes de La mécanique du coeur, justement) ; ou encore, dans le recueil : Michel Rocard, (sensation politico-littéraire !), Dominique A, Patrice Lecomte, Marc Lévy... Bien sûr, le groupe a toujours été familier des partenariats artistiques (avec Bratsch, LéOparleur ou différents auteurs-interprètes, notamment Olivier Ruiz, compagne, justement, de Mathias Malzieu ; et avec Mathias Malzieu lui-même, d'ailleurs), bien sûr...

Que l'on finisse de préciser que l'ensemble devrait donner lieu à une tournée-spectacle et l'on aura vite compris que, là aussi, on n'est pas si loin des dernières entreprises (folles, mégalo et pas toujours totalement irréprochables) de Dionysos. Le coup de grâce sera certainement donné par "La fuite", excellent titre au demeurant, mais qui rappellera certainement d'un peu trop prêt Un jour en France pour être honnête. Tout cela est bien loin, forcément, de l'esprit original du quatuor aux tentations très médiévales. C'est louche, c'est dommage.

Pour le reste, on ne gardera en tête que les meilleurs titres de l'album (dans l'ensemble : ceux qu'Alexandre George chante lui-même), en évitant de remarquer que la référence à Baudelaire a peut-être quelque chose de gratuit et d'un peu vain. On y retrouvera certainement l'envie d'écouter ses titres préférés de la formation, l'une des plus recommandables et pourtant méconnues de l'hexagone dont les six albums studios contiennent d'authentiques perles – car s'il ne fait aucun doute que l'on serait heureux de voir le Weepers Circus atteindre à une reconnaissance publique bien légitime, on le serait moins que ce soit grâce à cet album, certainement l'un de ses moins personnels.