L’artiste est encore à découvrir. Ses œuvres sont accrochées jusqu’au 18 septembre 2011 à l’Hôtel des Arts à Toulon. Si aujourd’hui Bernar Venet est connu pour son gigantisme sculptural, il est aussi homme de peinture.

Une décennie pour être précis, est exposée à Toulon (2001-2011) comme, par souci de continuité, tendant la main à la précédente, datant de 2003. Un bail. Des années lumières dans l’approche, puisque l’on saute des œuvres de jeunesse (1961-1963) et sa création ressentie avec en fil rouge cette passion mathématique, ce souci de l’exactitude. Une radicalisation du regard.

Pour autant le travail d’horloger, d’orfèvre est un héritage de ses années de recherches.  Une rigueur conceptuelle que l’on retrouve dans les œuvres proposées. Objets mathématiques flirtant avec le beau. Toute la force est là, la rhétorique qui conjugue l’art au même temps que la géographie spatiale.

L’art est complexe.

Et chaque artiste nous apporte une réponse à l’interrogation que nous nous faisons devant un tableau, une sculpture, une œuvre éphémère. Bernar Venet ne fait pas exception à cette recherche. 

Il ose, le peintre, épurer ses œuvres et proposer de "belles images" en réaction à la violence de ses débuts. L’artiste se serait-il assagit ? Sa réponse est plus complexe "Durant ma période conceptuelle, toute relation à des problèmes formels et esthétiques était exclue. Mes œuvres étaient austères, aussi neutres que possible pour n’en valoriser que le contenu..."

Aujourd’hui l’exposition nous propose de ressentir les tableaux dans leurs clartés oubliées, la maturité du regard pourrions-nous écrire, débarrassée des contraintes orageuses que l’on peut percevoir dans les premiers temps. Comme aux âges sombres de la mythologie. Une sorte d’effacement de l’obscurité comme régénérescence. La philosophie de l’exactitude mathématique comme pierre philosophale.

Les œuvres de Bernar Venet sont à voir comme la découverte d’un espace géographique dans la profondeur des sens. Une complémentarité, un passage au dessus du temps, une formule algébrique pour comprendre l’infini qui nous taraude tous. Au-delà de l’horizon, de la vue réelle, existe l’inconnu avec lequel on désire flirter. C’est ce que nous propose Bernar Venet, comprendre qu’au-delà de ce que l’on voit, l’imaginaire mathématique nous tend les bras, que l’on soit matheux ou pas.

Cette précision, loin de nous barber, nous ouvre l’art des genres et la rigueur des styles mathématiques comme outils artistiques.

La force d’un documentaire c’est la réalité filmée. Ce moment qui permet de découvrir l’envers du personnage, l’envers d’un travail, sa complexité, sa minutie.

"Venet/Sculptures", documentaire réalisé par Thierry Spitzer, a l’écriture discrète d’un homme en quête d’un trésor. Celui du travail de l’artiste plasticien et sculpteur Bernar Venet. L’image est là pour capter, et non emprisonner l’interrogation de l’artiste devant le travail gigantesque qu’il est en train de réaliser.

Suivre Bernar Venet est un régal. Découvrir dans son cheminement, les interrogations qui le mèneront à son installation historique au Château de Versailles. Une aventure. C’est tout l’art du documentariste de comprendre et de combiner les siècles…