"Miroir, miroir, suis-je toujours aussi jeune ?". "Miroir, miroir regarde mon reflet et dis-moi où en est mon éternelle jeunesse"... Il y a des contes qui pourraient aujourd’hui commencer par ces phrases et se finir dans les brumes de la mort. Faust n’est jamais loin dans les impossibles désirs humains.
Que reste-t-il de ce souhait ?
Si ce n’est celui d’oser ressembler à ses enfants, de ne pas accepter la vieillesse comme sagesse, pour mieux lutter contre le temps qui pourrit notre mental embrumé de publicité inter-âge.
Avoir osé tout, sans partage, défier l’imaginaire ?
Les enfants eux, veulent des parents moins égoïstes, conformes à leur environnement, à leurs vies. Mais en désirant cela ils oublient, eux aussi, qu’ils sont adultes. La violence de la crise est venue fragiliser la cellule familiale imposant aux parents, comme à leurs progénitures, ce regroupement tribal comme survie sociale dans la distorsion des représentations du miroir de l’autre. Sentiments bien étranges que celui de traverser les siècles et de se retrouver ainsi dans le point de mire de l’Histoire, de ce qui avait en son temps condamné dans la destruction de la famille. L’indépendance se conjuguant au même temps que dépendance. Aujourd’hui la fracture est là, dans la distorsion des sentiments de reconquêtes.
Le miroir, juge en paix, nous observe en revoyant nos gueules de bois. Le conte social, fragile s’est effacé devant la réalité de la vie et le conflit que celle-ci nous organise.
"Qu’allons-nous faire de vous ?", le livre évènement de Marie de Hennezel et Edouard de Hennezel peut être lu comme le constat d’une génération sans retenue (ce qui ne veut pas dire qu’ils ont eu tort), celle de 68, qui, dans un même temps, a rejeté le modèle familial de leurs parents et offert à leurs enfants cette trop grande possibilité de liberté, donnant un sentiment sinon d’abandon, au moins de grand écart, digne d’un numéro chez Bouglione. La violence de la distorsion ne pouvait pas être autrement que dans la confrontation. La négation de l’autre dans sa propre cellule familiale.
Un résultat que l’on aurait aimé autre. Mais était-ce possible dans l’esprit de ces parents jeunes et moins jeunes (là encore il y aurait à décrypter dans ce refus de prendre la responsabilité de la naissance, les enfants viennent de plus en plus tard) qui croient encore être dépositaire d’un temps où les possibles se conjuguent au présent.
Mais ces enfants héritiers de 68 et dont ils n’ont pas, pour beaucoup, su garder en mémoire cette force générationnelle, se retrouvent dos au mur. Aujourd’hui la quarantaine, pour certains installés, pour d’autres dans la précarité, certains dans l’indifférence sociale. Tous face à leurs parents et à l’héritage de la vieillesse pour toute forme de reconnaissance.
Les entretiens sont à la hauteur du dilemme, de l’incompréhension, de la violence intergénérationnelle mais aussi de la compréhension, de la solitude attendue. Enfin, quelque chose d’humain si tout cela ne venait par un agent, pour troubler cet héritage. L’Argent. Ou pour être plus précis, l’économie de la vieillesse. Horrible mot, horrible sentiment du livre de compte comme valeur de parentale.
C’est l’une des premières fois que l’on ose aborder comme donnée, les gros sous du troisième âge. Oser dire (certains) et écrire (pour d’autres) que le poids financier devient plus important que le lien familial. La distorsion est là, bien au delà de l’égoïsme de chacun devant l’indifférence de l’autre.
Livre référence qui fera du bruit et pas seulement médiatique ! Il est indispensable et sa lecture doit pouvoir permettre bien au-delà du cercle familial d’ouvrir enfin le débat. Il n’est pas trop tard, si l’on veut réussir à ressouder quelques parcelles d’incompréhensibilité.
Le livre est entièrement tourné vers le questionnement. Il faut alors le relire, encore et encore pour s’octroyer ses propres réponses.
Il reste (heureusement pour nous) les innombrables questions croisées que l’on nous propose de lire avec cette intelligence de ne pas prendre le parti qu’il convient (et oui, il est bon d’être aussi dans la peau de l’autre). Les axes nombreux nous ouvrent des perspectives et des questionnements parfois violents, entre les générations. La construction du livre nous permet de voyager entre les interrogations et les pistes à suivre, entre les moments de doute qui parfois se conjuguent avec le temps des certitudes.
Ce livre est un conte. Miroir, miroir...
A chacun de se sentir concerné. Il le faut et si ce n’est pas encore le cas le bouquin de Marie et Edouard de Hennezel, nous y aidera.
