La table est révolutionnaire. C’est nulle part ailleurs où l’on converse de l’avenir du monde. L’art culinaire se trouve étroitement lié aux Lumières et à leurs héritiers. Paris est une ville lumière où l’esprit se conjugue avec les mets servis.
L’art de la table transpire chez les littéraires tout comme chez les politiques. Il y a un besoin pour tous de se sentir au "Salon" autour d’une table. Lieu de proximité et d’échange, espace neutre pour converser et confronter ses idées tout en partageant le menu. C’est une aventure dans laquelle chacun se reconnaît et particulièrement l’auteur de "Paris dans votre assiette", Anne Martinetti.
Les Editions Chêne nous offre un menu à déguster des yeux - les photos de Philippe Asset - qui avec finesse a su accommoder avec élégance les clichés d’un Paris que l’on voudrait immortel, avec la représentation des recettes qui semblent comme par magie, se fondre dans les restaurants, quartiers, maisons bourgeoises, bords de Marne… On est en droit d’écrire, qu’un Jean Renoir (lui aussi fin gourmet) ne serait pas déçu de cette conjoncture artistique qui lie avec intelligence les plats et Paris et leurs représentations
Maintenant on est en appétit.
Ouvrons le menu d’Anne Martinetti et dégustons les saveurs proposées, avec comme à son habitude les "mots" d’auteurs multiples, qui tous, connaissent l’art de bien manger et de bien raconter. C’est naturellement l’originalité du livre, à côté des recettes, le regard d’un Pierre Mac Orlan et sa "Crème caramel", de "La salade" d’Hemingway, voir Gérard de Nerval et de sa "Cassolette de chou à l’ail"… Le livre est ainsi, pavés de Paris reluisants, dans les nuits de révoltes comme Florent, héros de Zola, "Le Ventre de Paris", évadé du bagne et proposant son "Pâté d’épinards".
Jean-Jacques Rousseau est aussi à l’honneur avec ses "Oublies". Il n’y a que du beau monde (pas seulement des politiques et hommes de lettres), à convier avec ce livre de rentrée, à votre table ! Si Paris est à l’honneur, c’est aussi la cuisine intime, celle qui ne dépasse pas les frontières de l’appartement. Raymond Queneau et sa "Salade de museau", "Le pâté de viande d’Alphonse Daudet" ou encore le "Flan" de Jules Verne. Le voyage est à chaque page et je m’en voudrais de trop divulguer.
Mais peut-on oublier un dimanche à la campagne et rêvasser dans une guinguette de bord de Seine. Trop d'images colorent notre esprit. Casque d’Or n’est pas loin. Daudet en tout cas, est là avec sa "Friture", Gaston Leroux sûrement a traîné ses guêtres pour nous rapporter cette "Omelette Rouletabille". Il faut un dernier, Simenon naturellement et sa "Salade de cresson des guinguettes". L’art de la table se love dans la littérature.
Le bonheur est entier comme d’habitude avec Anne Martinetti qui nous ouvre les placards de l’histoire avec le délice d’une femme gourmande.
Que du bonheur. Il ne vous reste qu’à glisser les pieds sous la table. J’oubliais, si vous désirez quelque chose dans votre assiette, n’hésitez pas à vous confronter aux fourneaux. Vous risquez même de vous surprendre.
Bon appétit.
