Comédie dramatique d'après l'Odyssée de Homère, mise en scène de René Loyon, avec Fatima Aibout, Kevin Duplenne et Julien Mullere.
Avec "Retour à Ithaque", René Loyon et Laurence Campet adaptent les chants XIII à XXIII de l'"Odyssée" d'Homère, ceux-là même évoquant le retour d'Ulysse dans sa terre natale après des années de voyage.
Si le spectateur est plus familier des épisodes relatant la palpitante aventure de l'errance du héros, pleine de prodiges et de ruses, dans ces chants, il découvre le stratagème mis en œuvre par Ulysse pour s'introduire dans sa propre maison, sous l'apparence d'un gueux, sans que personne ne le reconnaisse, et punir comme il se doit les prétendants qui, l'ayant cru mort, ont cherché à le remplacer dans le lit de son épouse Pénélope et à s'approprier ses biens.
Si on retrouve le courageux héros aux "milles ruses", on découvre également un homme aux prérogatives patriarcales, royales, et masculine extrêmes, avec un sens de la justice et de la morale des plus archaïques.
Sans chercher à mettre en exergue la modernité du récit et du propos, René Loyon propose une mise en scène sobre et académique qui explore, bien au contraire, le caractère antique et archaïque du récit et des valeurs exposées.
Tel l'aède qui narrait les chants homériques en s'accompagnant de son instrument, les trois comédiens (Fatima Aibout, Kevin Duplenne et Julien Muller) déclament le récit en intégrant les différents éléments de narration écrite ("il dit") et naviguant sans cesse du récit au jeu, en interprétant les parties dialoguées.
On saluera la qualité de jeu de ces comédiens qui donnent vie à un texte adapté certes, mais volontairement conservé sous une forme de narration littéraire peu évidente.
A eux trois ils incarnent tour à tour les différents personnages de l'histoire. Cet artifice, tout comme la sobriété voulue du plateau, des costumes, et des lumières, renvoie sans cesse à la forme antique du barde chantant ses épopées devant des assemblées aristocratiques réunies en banquet, sans troupe ni décor.
Ce spectacle propose donc une véritable plongée dans l'Antiquité, au temps des aèdes et des héros capables de massacrer cent hommes pour rendre justice, et invite indirectement à s'interroger sur les valeurs morales ou théâtrales modernes.
