Lecture mise en espace de nouvelles de Anton Tchekhov par Thomas Montpellier et Laure Trainini, dans une mise en scène de Laure Trainini.

Le spectacle du théâtre-lecture est un exercice stylistique à part entière qui ne donne pas droit à l'erreur à ses officiants et s'avère, avant tout, affaire et envie de partage. Partage du goût de la lecture et de l'amour des beaux textes pour recréer cette ambiance si particulière, intemporelle et magique, du salon de lecture ou de la veillée, moment de communion profane autour d'une oeuvre et d'un univers.

Dans cet esprit, Laure Trainini propose d'entendre, et sans doute de découvrir, plusieurs pièces courtes d'un auteur particulièrement addictif, Anton Tchekkov, puisés dans son volumineux corpus de nouvelles qui sont moins connues que ses grands opus dramatiques.

Son choix de cinq nouvelles de jeunesse, présentées sous le titre "Kolia, le vif-argent, et autres nouvelles", se révèle particulièrement judicieux en ce qu'il porte sur des textes de tonalité différentes mais qui, tous, révèlent une qualité de verbe et une concision remarquable, patents dans la traduction de Micheline Weinstein, et constituent simultanément des narrations de scènes de la vie quotidienne saisies sur le vif avec un regard humoristique, des fables, dans la veine de celles de La Fontaine, comportant toujours, sinon une morale, une réflexion sur la condition humaine et des concentrés de pièces de théâtre avec une trame dramaturgique reposant sur une véritable intrigue dont le dénouement incertain leur confère quasiment une dimension de pièce à suspense.

De la minuscule scène de la salle La Bohême du Théâtre Les Déchargeurs, à peine quelques mètres carrés déjà amplement grignotés par le piano sur lequel Antoine Maunoury dispense les pauses musicales qui donnent la couleur des nouvelles, Laure Trainini a fait un salon de jardin dans lequel se retrouvent deux amis unis par leur goût de la lecture.

Laure Trainini elle-même et Thomas Montpellier, tous deux formés à la dure école de Jean-Laurent Cochet pour ce qui concerne notamment la respiration, le souffle et la diction du texte dit, officient avec une belle synergie dans le même registre avec, par ailleurs, des timbres de voix à la fois en harmonie et complémentaires.

Très à l'écoute l'un de l'autre, ils dispensent une remarquable partition sans aucune fausse note, la narration comme les dialogues s'enchaînant naturellement, restituent avec talent toutes les facettes de ces pépites littéraires et incarnent avec justesse l'humeur de chaque personnage comme ils jouent parfaitement la situation.

L'histoire du général enragé par une rage de dent et par un intendant qui lui fait miroiter un remède miracle, la parabole du savant et du copiste, l'éternuement fatal de Ivan Matveïtch, la leçon de vie d'Aliocha et la partie de pêche des amoureux surpris par Kolia le bien nommé vif-argent qui l'instaure en maître-chanteur en herbe composent ainsi un époustouflant arc-en-ciel d'émotions et de plaisirs des sens et de l'esprit et donnent envie de se plonger dans les nouvelles de Tchekhov, ce qui n'est donc pas le moindre de ses mérites.