Création librement inspirée de "L’Histoire" de Witold Gombrowicz, mise en scène de Marion Chobert, avec Kevin Dez, Mathilde Gentil, Pauline Loriferne et Romaric Séguin.
Marion Chobert présente à La Loge, dans le cadre de l'édition 2011 du Festival Summer of Loge, "L'examen de la maturité", un work in progress d'une trentaine de minutes absolument saisissant, passionnant et déjà abouti à partir de "L'Histoire", texte ultime, autobiographique et inachevé, de l'écrivain et dramaturge polonais Witold Gombrowicz.
Un spectacle - réussi, tant au fond qu'en la forme et au plan de l'interprétation - qui évoque parfaitement la personnalité singulière de Gombrowicz, et son rapport au monde, à un moment déterminant de l'existence qui consiste dans le passage à l'âge adulte et qui est "sanctionné" par le fameux examen de la maturité qu'est le diplôme de fin d'études secondaires en Pologne.
Très jeune, Gombrowicz a non seulement la conscience mais la volonté d'être différent des autres, une différence qui le singularise et le stigmatise même aux yeux de sa propre famille ("Quelque chose s’est détraqué entre moi et le monde. Le monde m’a échappé. Il ne m’aime pas, et moi je ne l’aime pas, une vague animosité") et qui va nourrir une oeuvre qui traite de manière récurrente de l'attachement à l'état de jeunesse et de la perception objectale du réel.
Avec une scénographie ressortissant au "théâtre pauvre" mais absolument efficace, du son et un jeu très travaillé et esthétisant des lumières focalisées sur les visages et les postures, Marion Chobert parvient non seulement à transcrire la perception fantasmatique de la réalité mais la représentation de l'entre-monde cher à Gombrowicz, qu'il définit comme la sphère de l'inter-humain, tenant de la fragmentation du réel et de la co-existence de la fiction et de la réalité, mais également, par le contraste violent des intensités lumineuses, à réaliser une prouesse visuelle, celle de donner l'illusion d'un spectacle en noir et blanc.
La direction d'acteur est à l'avenant. Epoustouflant, Kevin Dez, frêle silhouette malingre, incarne le jeune proférateur, touchant et effrayant, de manière totalement habitée, convulsive et imprécatrice face à une mère et une fratrie (Pauline Loriferne, Mathilde Gentil et Romaric Séguin tous parfaits) représentant la norme moralisatrice et inquiète.
Un excellent travail à inscrire au crédit de la Compagnie Esquimots à suivre de près.
