Diptyque dramatique écrit et mis en scène par D’ de Kabal interprété par Blade, Didier Firmin, D’de Kabal, Franco Mannara et Marianne Mathéus.

"Contes marrons" se présente sous forme d'un diptyque, une variation autour des racines troubles d'une identité incertaine, celle des Antillais.

Le premier volet, "Écorces de peines", raconte la mise à mort d'un esclave. Jacquot, celui qu'on ne casse pas, se désigne coupable quand il est innocent, encaisse les coups par amour.

Attaché à un arbre, entravé une dernière fois, ce "presque mort", condamné parce que présumé père de l'enfant d'une femme qui n'est pas la sienne, fait corps avec le végétal et finit par succomber.

D' de Kabal prête une de ses voix, profonde et rocailleuse, à P'tite Marie, la mère de l'enfant. Autour de l'histoire de Jacquot naissent des questionnements poignants. Une esclave donne-t-elle la vie en accouchant ? Quel accueil réserver à un enfant qui naît des entraves aux chevilles ?

"Écorces de peines" dévoile des racines dont le deuxième volet, "Œdipe l'Antillais ou République je te hais mon amour" montre quelques branches, conséquences possibles, suites probables.

En métropole (croit-on), une mère donne naissance à un septième fils d'un père qui les a abandonnés. Elle tient son fils pour responsable. Coupable d'être un garçon quand elle attendait une fille, coupable d'être le fils d'un "nègre qui n'est même pas là", coupable d'être finalement.

Un dialogue naît, fait de reproches, d'amertume et de désir de vengeance. Il a tatoué ce corps qu'elle avait forgé, elle ne l'a pas aimé. Entre ce fils rejeté et cette marâtre, des liens se tissent. Le sous-titre transforme cette discussion en allégorie.

Chants, slams et human beat box racontent Jacquot, les époques se télescopent, projetées dans notre présent par la polyphonie des cultures (sub)urbaines. "Contes marrons" se joue sans décor, sur un plateau vide.

La mise en scène de D' de Kabal laisse textes et corps prendre toute la place. Les mots s'épanouissent, explorant les frontières de la parole et du chant, ces mots qui s'incarnent en une danse virtuose, désarticulée, légère, celle de Didier Firmin.

C'est un travail du corps, le corps dont jaillit la musique nue, human beat box grave, boucles sophistiquées dans la deuxième partie. C'est d'un mélange brutal que naît la grâce.