Mélodrame de Victor Hugo, mise en scène de Laurent Pelly, avec Vincent Bramoullé, Christine Brücher, Emmanuel Daumas, Rémi Gibier, Benjamin Hubert, Jérôme Huguet, Pascal Lambert, Eddy Letexier, Laurent Meininger, Jean-Benoît Terral et Émilie Vaudou.
Parallélement à la recontextualisation systématique des oeuvres du répertoire, se manifeste la tendance opposée qui est de les présenter dans leur "jus".
Ainsi en est-il pour une "Mille francs de récompense" mélodrame moral avec une happy end de comédie de Victor Hugo figurant dans le recueil "Théâtre en liberté" écrit lors de son exil à Guernesey, joué pour la première fois en 1962 et exhumé par Laurent Pelly qui y voit une résonance édifiante avec les malversations financières contemporaines.
Dans cette longue pièce truffée de monologues conséquents, teintée de romanesque et de burlesque et prônant l'humanisme et la solidarité, se trouvent tous les ingrédients du feuilleton populaire.
A savoir : un grand-père ancien militaire reconverti en professeur de piano dont la maladie contraint la famille à l'endettement et à la saisie, sa fille qui se dit veuve alors qu'elle est fille-mère en raison de la disparition de son fiancé à la guerre, sa fille amoureuse d'un employé de banque mais sollicitée en mariage par leur agent d'affaires vieux, cupide et manipulateur, un riche baron qui se trouve être le futur mari et le père disparu et un bandit au grand coeur qui se charge de rectifier le destin et de faire triompher les bons sentiments.
Laurent Pelly relève le défi de réhabiliter cette forme désuète, et son propos manichéen, en évitant le réalisme de la reconstitution pour privilégier l'aspect visuel du spectacle avec une scénographie, peaufinée par Chantal Thomas, au fort parti-pris esthétique misant sur le graphisme, jouant sur la sobriété de la ligne et la transparence, des lumières superbement travaillées par Joël Adam et des costumes dans un camaieu chromatique qui, épurés, contribuent à l'archétypalisation des personnages évoquant des caricatures à la Daumier.
Par ailleurs, il s'affranchit du naturalisme pour introduire dans le jeu une novation, avec la stylisation gestuelle, qui exclut les codes de jeu du mélodrame et en imprimant un rythme très syncopé pour dynamiser une intrigue qui prend son temps, près de trois heures, pour se dénouer.
Tout est tiré au cordeau, direction d'acteur incluse,avec une distribution émérite. C'est donc techniquement et théâtralement une belle réussite.
