Comédie dramatique de Emmanuelle Marie, mise en scène de Tristan Willmott, avec Julie Charbonnel, Marjolaine Pottlitzer et Stéphanie Quint.

Parler de la condition féminine par ce qui fait sa spécificité première, c'est-à-dire son sexe et par conséquent sa sexualité, est souvent une gageure auquel peu d’auteurs et de metteurs en scène se confrontent.

Voyeurisme, fausse pudeur, tabou, sont autant d’écueils délicat à surmonter. "Cut" s’attèle pourtant à ce sujet au combien sensible avec beaucoup de sensibilité et d’adresse.

En prenant comme point de départ la rencontre dans un lieu à la fois symbolique et anonyme (des toilettes publiques) de trois femmes, n’importe quelles femmes, la pièce esquisse les prémices d’un discours, certes cru, mais suffisamment dédramatisé et imagé pour ne pas choquer, voir toucher par la poésie qui se dégage des tableaux mis en scène.

Ces femmes, qu’à priori tout oppose, finissent, par l’évocation libérée de leurs histoires personnelles et par l’écriture polyphonique d’Emmanuelle Marie, telle une partition de musique où les instruments se superposent, créant, par la répétition, un rythme propre qui construit une mélodie à part entière, ces femmes donc, finissent par parler d’une seule voix et évoque LA femme, unique dans sa diversité, complexe dans sa simplicité, tout en se gardant bien de prétendre à une quelconque universalité.

La mise en scène de Tristan Willmott met en lumière toute la subtilité du texte et va au-delà de la simple crudité de certains propos par une mise en abyme heureuse. Les simples accessoires glanés dans cet espace clos, et inaccessible aux hommes, deviennent les compagnons d’une mise en scène personnelle, entre jeux d’enfants et évocation réaliste qui permettent de mettre la distance nécessaire entre l’intimité profonde du discours et son exposition en place publique.

Les trois comédiennes, Julie Charbonnel, Marjolaine Pottlitz et Stéphanie Quint embarquent ainsi les spectateurs, avec allégresse et sans voyeurisme, dans l’univers entre onirisme et réalisme, mais toujours scénarisé, de ces femmes, et les font passer du malaise au sourire puis aux larmes avec une facilité déconcertante.

Il convient de laisser au placard une certaine rationalité sous peine de trouver l’ensemble un peu confus. De même, si on attend de cette pièce un manifeste féministe engagé, on risque beaucoup d’être déçu.

Il est fort à parier que cette pièce parlera plus volontiers aux femmes, de par son propos et sa composition, mais on espère que les hommes se déplaceront également pour tenter de percer le mystère séculairement bien gardé de la féminité.