Réalisé par Natalia Almada. Etats-Unis-Mexique. Documentaire. Durée : 1h12. (Sortie le 17 mai 2011).
Natalia Almada est réalisatrice. Entre New York et Mexico, elle promène sa caméra de documentariste comme d’autres écrivent au vent des frontières hollywoodiennes. Le cinéma de Natalia s’inscrit dans la liberté. Ce n’est donc pas un hasard si on retrouve cette femme, née en 1974, lauréate au festival de Sundance, décrochant en 2009 le prix de la meilleure réalisatrice de documentaire pour son "El Général".
La frontière est dans sa peau. Une frontière entre vivants et morts, un espace secret dans lequel "survit" l’existence humaine. Il y a dans cette recherche, la trace pionnière d’une cinéaste qui écrit la vie dans les sillons âpres de l’existence.
"El velador", que l’on peut voir à Cannes, avant de se précipiter pour le découvrir à Paris, est un film documentaire dont la violence, toute en retenue, nous fait partager un espace coup de poing qu’est le cimetière de Culiacán (Mexique). Cimetière des narcotrafiquants et autres "parrains" enterrés et vénérés par d’extravagantes chapelles construites en leurs noms.
Territoire où la vie joue à cache-cache avec la mort.
Il y a dans ce film le parfum d’un printemps. Celui de la naissance d’une grande réalisatrice qui sait capter au travers son sujet les architecturales des tombes comme des géants de la mythologie. Face à la mort et sa violence, les mausolées ont la grandeur du respect maffieux. Il ne peut pas en être autrement puisque les imposantes stèles du cimetière rappellent à tous les regards que l’espace dans lequel on se trouve est un territoire de mort violente. Un combat de titans où la justice humaine n’a pas sa place.
Nous ne sommes pas ici dans un film de gangster. Le documentaire ne sort pas son magnum. Pourtant il fait mouche à la question "Pourquoi y a t il tant de violence au Mexique ?"
Pendant un an, la caméra de Natalia a capté un monde sans parole dont les non-dits de la violence sont palpables à chaque plan. Il ne s’agit pas d’un film de dénonciation, de rancoeurs mais bien d’une découverte, celle de l’imagerie d’un au-delà fantasmé. Car qui d’autre (comme peut-être, pour ce faire pardonner de leurs fautes) peut ainsi construire des tels monuments à la gloire d’un défunt, si ce n’est l’argent des narcotrafiquants ? Un besoin, par delà la mort, d’être encore le plus grand…
Il faut voir ce film et chasser de la tête les fictions cinématographiques, pour percevoir à travers ces monuments quelques drames, qui nous semblent troubles, à nous aventuriers de notre quotidien, coller au théâtre antique et que l’on nomme : tragédie.
