Comédie satirique de Hanokh Levin, mise en scène de Fréderic Bélier - Garcia, avec Evelyne El Garby Klaï, Denis Fouquereau, Jan Hammenecker, Ophélia Kolb, Alexis Lameda Waksmann, Ged Marlon, David Migeot, Paul Minthe, Martina Musilova, Christine Pignet et Afra Waldhör.
Monsieur et Madame Touchpiss ont un fils, Yakich, qui est très laid et qui a le pantalon en feu. Monsieur et Madame Roupatché on une fille Poupatchée, qui est très laide et qui est tourmentée par ses hormones.
Marions-les, marions-les, chantent en choeur, rassérénés par le pragmatique marieur, les géniteurs qui ne veulent pas avoir copuler en vain et vécu cette vie de merde sans que la génération suivante s'y collette. Et que pensez-vous qu'il advint ? Bon gré, et malgré des désirs idylliques, ils se marièrent.
Mais la nuit de noces est un échec car si,se voilant la face de ses jupes et pensant au futur fruit de ses entrailles, la mariée s'accommode du vilain, le marié a le pavillon en berne car il rêve d'une femme belle et bandante comme dans les rêves. Qu'à cela ne tienne ! La parenté déterminée et le marieur ingénieux ne s'avouent pas vaincus et entament un périple sexuel pour stimuler le réfractaire afin qu'il assume sa fonction reproductrice.
Voilà pour "Yakich et Poupatchée", comédie "crue" en forme de conte féroce, que Hanokh Levin qualifie de comédie désespérée car il ne se réjouit pas de son happy end dictée par un destin qui n'est ni eugéniste ni malthusianiste ou un Dieu impitoyable qui, plus que la culpabilité du péché originel, fait peser sur l'homme, depuis la Génèse, sa terrible injonction de perpétuation de l'espèce.
Jouant de tous les registres et de toutes les formes de comique, du drame au vaudeville, il s'attaque au tabou de la laideur et de l'impuissance, dynamite toutes les certitudes, et tous les espoirs, quant à la famille, le couple, l'amour, le sexe, et en l'espèce, l'image de soi, mais surtout continue son exploration du tragique de la condition humaine qui, pour le commun des mortels pour lesquels il nourrit une infinie tendresse, se concrétise par le raté et le pitoyable.
Frédéric Bélier-Garcia, qui, après "Yaacobi et Leidenthal", se confronte pour la deuxième fois à l'écriture de Hanokh Levin, procède à la transposition sur scène de son syncrétisme flamboyant non pas de manière synthétique mais kaléidoscopique à la manière d'un patchwork illustratif qui crée parfois, et simultanément, de patents effets de rupture, d'accumulation et juxtaposition dispensables.
Par ailleurs, émerge une bienvenue influence fellinienne, ("Je ne veux pas démonter, je veux montrer" disait Federico Fellini) dont il ne manque que la démesure carnavalesque.
Tendant vers le kitsch, la scénographie et les costumes de Sophie Perez et Xavier Boussiron sont à l'unisson comme l'habillage musical de Reinhardt Wagner qui inclut des pépites de soap variété transalpine des sixties.Entre le grand rideau mêlant tenture à motifs de papier peint suranné assortie de pampilles géantes et les praticables en forme de dalles mobiles sur lesquels les personnages tentent la traversée du fleuve pas tranquille de la vie, les comédiens délivrent des compositions savoureuses.
Aux côtés d'une princesse de contes de fée (Martina Musilova), d'un serviteur multi-tâches cocasse (Denis Fouquereau) et d'une imposante péripatéticienne à la sexualité aussi agressive que didactique (Christine Pignet), David Migeot est excellent dans le rôle de l'opticien-marieur et le costume peau de serpent du beau-frère crooner et fanfaron est sur mesure pour Ged Marlon.
Paul Minthe et Jan Hammenecker, Evelyne El Garby Klaï et Afra Waldhör campent avec jubilation les parents bêtes et mesquins, pères autoritaires et mères envahissantes, qui ne nourrissent d'autre aspiration pour leur progéniture que la réitération de leur médiocrité. Et, dans les rôles titres, Alexis Lameda Waksmann, dans la déploration et Ophelia Kolb, dans le carcan de la condition féminine, sont parfaits.
