Texte de Juan Mayorga, mise en scène de Jorge Lavelli, avec Luc-Antoine Diquéro, Marie-Christine Letort et Gérard Lartigau.
Passionné par l'écriture du prolifique dramaturge espagnol Juan Mayorga et par une de ses thématiques récurrente qu'est la manipulation, Jorge Lavelli monte après "Himmelweg" et "Le garçon du dernier rang", un texte chronologiquement antérieur, "Lettres d'amour à Staline".En 1930, alors aux abois tant professionnellement que financièrement suite à l'interdiction de l'intégralité de son oeuvre prononcée par le Comité Central pour les Répertoires dont la sanction conduisait non seulement à la mort artistique mais à l'inexistence, l'écrivain russe Michail Bulgakov adresse plusieurs lettres au "Petit père des peuples" pour obtenir l'autorisation de quitter la Russie ou y obtenir un emploi en rapport avec le théâtre.
Cette réelle correspondance, au demeurant unilatérale, constitue la pierre d'achoppement d'une partition qui ne se veut pas historicisante mais fictionnelle et que l'auteur décrit comme "une méditation sur la nécessité pour l’artiste d’être aimé du pouvoir, nécessité aussi forte que celle du pouvoir à être aimé de l’artiste".
Dépressif, obsédé par le silence de son interlocuteur, le meilleur moyen pour laminer un esprit créateur qui a besoin de liberté et de reconnaissance, focalisé sur l'écriture de ces lettres qui ne lui servent même pas de catharsis, l'écrivain sombre dans une douleur mentale qui se mue en folie.
Jorge Lavelli dirige Luc-Antoine Diquéro, Marie-Christine Letort et Gérard Lartigau trois comédiens aguerris qui, dans un dispositif scénique conçu conjointement avec Graciela Galán misant sur l'accumulation mobilière pour accentuer l'impression d'enfermement, se collettent à un texte centripète qui tourne en rond.
En effet, ne contenant pas de tension autre qu'émotionnelle liée à cette descente aux enfers qui se déroule sur un mode circulaire et répétitif - et qui est installée dès le premier tiers temps - il pâtit d'une absence de progression dramatique, et donc d'un impossible dénouement.
Malgré le métier de Jorge Lavelli et l'investissement des interprètes, il a du mal à se concrétiser sur scène et à retenir l'attention nonobstant l'espoir suscité par l'apparition d'un Staline tout de blanc vêtu, facétieux ectoplasme qui sort de l'armoire sur un air de ritournelle de boite à musique.
