En cette soirée du 15 avril au Théâtre 13, l’affiche laisse présager de très bons moments.

Qu’il est bon de casser les codes et de commencer avec un bluesman blanc venu du Québec pour nous proposer son dernier opus intitulé Sail On. Seul sur son tabouret avec une guitare sur les genoux et un dobro jonchant le sol, Marc-André entame son set avec un morceau de blues très classique, un timbre légèrement voilé et un swing contagieux.

L’enthousiasme du public est rapidement palpable. Il reprend un titre de Robert Johnson tout en interpelant le spectateur pour prendre la mesure de la notoriété de l’un des piliers du blues.

Pour la seconde moitié de son set, il se saisit du dobro qui confère à sa musique un son plus métallique, plus acide. Une fois le bottleneck en main, c’est sur la route 66 que nous emmène l’artiste.

Sur le titre "Sing the blues !", M. Léger marche sur les pas de Seasick Steve, un musicien 100% pur jus que je recommande vivement à tous les amateurs du genre. Par ailleurs, il reprend un titre du célèbre guitariste maître de la slide, Ry Cooder, tiré de la BO du film Crossroads de Walter Hill.

Parsemées de picking, ses propositions musicales ne manquent pas de fraicheur. Marc-André Léger porte honorablement son nom de famille. Il ajoute même quelques bribes d’humour entre deux titres.

Pour résumer en quelques mots, vu des gradins du Théâtre 13, ce personnage se montre humble et généreux. Il dévoile, en fin de compte que les bluesmen ne sont pas là que pour pleurer dans les champs de coton mais qu’ils peuvent aussi s’amuser avec nonchalance des difficultés de la vie !

C’est alors après vingt minutes d’entracte qu’Eric McFadden fait son apparition. Pour être honnête, j’en avais entendu parler il y a quelques années dans la presse musicale spécialisée.

Celle-ci s’empressait de dire tout le bien qu’elle pensait de lui. Un peu curieuse, j’étais allée sur YouTube mirer quelques vidéos du musicien. A l’époque, j’avais plutôt bien accroché sur ces extraits de musique sans pour autant aller plus loin. Cette soirée représentait alors l’opportunité de voir ce que l’artiste donne sur scène.

Entrée charismatique, brève présentation (ne perdons pas de temps avec les formalités), le son ne met pas longtemps à arriver à nos oreilles.

Accompagné de son percussionniste à qui il va dédicacer une chanson, Eric McFadden démarre les hostilités musicales. Eric à la guitare et au chant, son compagnon de scène au cajon et aux balais, le duo s’accapare aisément la bonne grâce du public.

Son timbre de voix est sec, rauque. Son chant semblable au ronronnement des félins est tantôt susurré, tantôt crié, parfois parlé. Il va reprendre le titre "Jockey full of Bourbon" de l’incroyable Tom Waits. Il s’amuse avec les graves en tant que fervent adepte des sonorités qui remuent les tripes.

Le jeu de guitare aux influences mexicaines est impeccable. Si nous bannissons tout esprit critique, nous pouvons nous autoriser à admettre qu’il atteint la perfection en mêlant virtuosité et sensibilité. Eric McFadden qui a élu domicile à San Francisco nous propose une prestation pleine de finesse et de poésie. Les métissages musicaux représentent la ligne directrice de ses compositions colorées : ambiance intimiste, percussions riches de formes, tempo laidback, guitare espagnole, riffs blues. La salle est captivée, totalement sous le charme de l’énergie insufflée par ce musicien hors pair.

Après plus d’une heure de concert, vivement applaudie, Eric McFadden disparaît dans les coulisses. Le public, lui, ne semble absolument pas rassasié. Force est de constater que ce qui est bon n’est jamais offert en assez grande quantité !