Cette soirée arbore dès le début une atmosphère intimiste même si les gradins de l’amphi’ du théâtre 13 sont pleins à craquer. Le public encourage timidement des deux mains le premier artiste à entrer en scène.

Une carrure impressionnante, un charisme limpide, Keith B. Brown, bluesman tout droit sorti du Mississippi fait preuve d’humilité, nous impressionne sans en faire trop. Après une brève introduction dans la langue de Shakespeare et quelques mots dans la langue de Molière, le musicien n’attend pas avant de prendre sa guitare, de taper du pied puis nous délivrer sa voix aigre/douce.

En effet, il jongle entre une voix de tête plus aigue et une grosse voix rocailleuse. Il use de sa guitare acoustique avec un mélange incessant de picking et de slide. Voilà un programme qui peut mettre en appétit tout amateur de musiques sans vernis, ni fioritures. Une véritable sensibilité émerge de ses morceaux. La pudeur dont il fait preuve n’est pas pour déplaire aux spectateurs qui semblent aussi bien troublés par le bonhomme que par ses compositions. Mister B. Brown délivre son blues d’une manière si universelle que nous ne pouvons qu’être touchés.

Une fois la salle réchauffée, le bonhomme se lance dans une version de "Don’t be cruel" d’Elvis. Une véritable petite pépite pour les oreilles avec des riffs ciselés et une rythmique étouffée. Puis, le public est convié à faire les chœurs sur un autre titre par l’exigeant professeur ému par la résolution de ces derniers à faire trembler leurs cordes vocales. L’émotion, tout en retenue, et l’énergie de Keith. B Brown qui a entre autre participé à la BO du film The Soul of the Man de Wim Wenders en 2004 étaient au rendez-vous… Pour ma part, je n’exige rien de plus du blues. Le set arrive à son terme et les spectateurs, par leurs rappels chaleureux, disent tout bas : s’il vous plait, Monsieur l’Artiste "One more for the road !".

Nous voilà prêts à affronter le second concert, un duo cette fois-ci. Ils arrivent sur scène guitares en bandoulière, se posent sur deux tabourets, et sans transition chantent à l’unisson. Nous voilà devant une introduction brute de décoffrage qui ne nous laisse que très peu de temps pour cerner le binôme. En effet, malgré leur jeune âge, le potentiel de Nina Attal et de Philippe Devin arrive à nos tympans de manière assez évidente. Cette jeune musicienne de 18 ans est d’un enthousiasme et d’une fraîcheur sans pareil. Niveau guitare, la demoiselle assure honorablement sa partie, elle a même dû faire pâlir de jalousie quelques guitaristes masculins présents dans la salle. Son jeu est extrêmement fluide et moelleux, son touché de corde est plein de "feeling" !

En revanche, je reste plus modérée sur son timbre de voix qui se veut très proche de celui de Joss Stone dans l’esprit. Dans l’esprit seulement, car sa voix manque encore un peu de maturité. Pour résumer, prenez la talentueuse Susan Tedeschi et mettez la dans un univers très "High school musical". En somme, je n’ai pas tellement été touchée pas ses envolées lyriques.

Quant à son compagnon de scène, Philippe Devin, nous pouvons poursuivre les éloges et louer son talent : il couvre essentiellement les chœurs et la partie guitare rythmique et se lance à la fin du set dans une petite impro qui n’a rien de banale. Le public semble exalté par l’énergie spontanée des deux artistes prometteurs. En conclusion du set, ils proposent tous deux la reprise de standards de Ray Charles et de Stevie Wonder. Comme toute les valeurs sures, le blues ne se démode pas mais il cherche parfois son public. Pour cette raison, je suis heureuse de constater que de jeunes artistes, tels que ceux-ci, redonnent au blues un second souffle !