Monologue dramatique écrit par Christine Bruckner interprété par Patricia Thibault dans une mise en scène de Jean-Paul Sermadiras.
Une photographie de couple diabolique digne de Détective. L'affiche vue, le malaise s'installe déjà. Sur le programme, une citation de Madame Arendt, la philosophe du moment, caution permanente d'une certaine intelligentsia allemande qui fleurète avec le révisionnisme.
Le mal est banal ? Alors, l'Allemagne se comporta comme tout le monde. D'ailleurs...votre Vichy...On connaît la suite. Le prochain épisode passe bientôt sur Arte.
Mademoiselle Braun. Belle jeune fille sportive et fleur-bleue même si non dépourvue d'intelligence et d'ambition., elle s'entiche d'un agitateur à haut-de-forme, ancien caporal, ancien taulard, tribun de buvette à écouter une chope à la main, Adolf, pour les intimes, la Mort au pouvoir, pour ses millions de victimes à venir. Il est dur à pousser au mariage, cet ostrogoth : il faudra les bombes de l'Armée rouge, la discrétion feutrée du bunker pour l'y contraindre.
Un seul jour de mariage, vaccin contre le divorce. Destination du voyage de noces ? L'Enfer.
Visconti, dans ses "Damnés", avait déjà évoqué, avec sa superbe, son panache, ce que Christine Bruckner, au raz du béton, décrit modestement.
Sur scène, une belle blonde aux yeux bleus ; la comédienne Patricia Thibault - traductrice méritante de ce petit texte - vêtue plus à la mode des années soixante qu'à celle du printemps-été 45, et sans bas, sans bas ! - boit beaucoup de champagne et s'émeut à l'évocation de son amour de soufre.
La langue est plate et la comédienne - bien méritante à énoncer ces banalités édifiantes - peine, malgré ses qualités, à incarner cette contre-héroïne à laquelle on ne comprend rien en en sachant si peu.
La mise en scène de Jean-Paul Sermadiras, atrocement minimaliste - et très économique - arrache quelques sourires : effets répétés, jeu face public, grévinisation rampante. La lumière de Jean-Luc Chanonat et la musique de Pascale Salkin, touchante, éclairent ce glacis contagieux.
Pièce pour grands enfants ignorants et manipulables, cette "Banalité du mal" mérite d'être vue pour méditer sur ce fléau : le mal de la banalité.
