Dans la cadre de l'événement "2011 Année des Outre-mer en France", la Réunion des Musées Nationaux présente au Grand Palais l'exposition "Aimé Césaire, Lam, Picasso - Nous nous sommes trouvés" qui célèbre le 70ème anniversaire de la rencontre entre le poète martiniquais Aimé Césaire et le peintre cubain Wifredo Lam et les liens forts qu'ils nouèrent, en bilatéral, avec Picasso.

Le temps ne fait parfois rien à l'affaire en matière muséale et trois mois ont suffi à Eskil Lam, responsable des archives Wifredo Lam et Daniel Maximin, écrivain et commissaire de l'événement précité, pour bâtir une exposition chaleureuse et vibrante, nourrie à l'aune de l'humanisme, qui témoigne de la passion qui les anime.

Pour présenter des oeuvres qui sont en résonance intime les unes avec les autres, Hubert Le Gall a conçu une très belle, judicieuse et esthétisante scénographie.

De chaudes couleurs terriennes, des placages de bois sombre et des piliers-arbres pour accueillir les manuscrits évoquent la" terre natale" qui est au coeur de ces oeuvres.

Césaire, Lam, Picasso, parce que c'étaient nous...

Cette exposition rend hommage en tout premier lieu à Aimé Césaire, le poète, dont la réflexion sur l'identité et la condition humaine des caribéens a forgé le concept de négritude qu'il a conçu comme ressortissant d'un humanisme concret, qui s'arcboute sur la reconnaissance de la composante africaine de l'identité des noirs d'outre mer et le rejet de la réalité alternative qu'est la bourgeoisie assimilationniste et le peuple muet.

L''exposition est rythmée par ses manuscrits et tapuscrits - dont un inédit "Tombeau du soleil" et le tapuscrit original du "Cahier d’un retour au pays natal", et de larges extraits de ses poèmes.

C'est après la seconde guerre mondiale que Aimé Césaire rencontre Picasso qui explore l'art primitif et qui va illustrer les poèmes qui seront publiés en 1949 sous le titre "Corps perdu" dont l'une des eaux-fortes "Portrait de profil d'homme noir couronné" représentant une "tête de nègre" constituera le visuel de l'affiche du 1er congrès des écrivains et artistes noirs en 1956 à la Sorbonne.

Mais au début des années 40, il rencontre le peintre Wifredo Lam, qui pratique un syncrétisme pictural plutôt sombre entre surréalisme et cubisme, et que cette exposition a le mérite de dévoiler au visiteur néophyte.

Cette rencontre sera déterminante pour Wifredo Lam car la pensée tant humaniste que politique de Césaire, qui revendique la dimension africaine de l'homme noir d'outre mer, va lui ouvrir un nouvel horizon plus lumineux.

Elle influence concrètement sa production picturale des années 40, les toiles de sa série "Jungles", dont une des toiles clés est conservée MoMA de New York.

Et ce avec l'introduction de la couleur et de la nature luxuriante des Caraïbes, celle de cette terre natale chantée par Césaire, et d'éléments significatifs dans la représentation de la figure humaine qui n'est plus l'homme opprimé couché mais "l'homme-plante', l'homme debout aux pieds solidement enracinés.

Ce dialogue tant amical qu'artistique perdurera jusqu'à la mort de Wifredo Lam en 1982.

Date à laquelle paraît "Annonciation", une série de poèmes d'Aimé Césaire inspirés par dix eaux-fortes de Lam sur la thématique du vaudou cubain.

Juste réciprocité, c'est le poète qui devient l'illustrateur, le médium scriptural d'un univers fantastique dans lequel se retrouvent son trait incisif et son art de la symbiose du primitivisme et du modernisme.

L'exposition présente également les dessins préparatoires de Lam pour le recueil "Fata Morgana" de André Breton ainsi que des oeuvres de André Masson, qui fut compagnon de route de Lam en Martinique en 1941, avec une toile "Martinique" et les dessins réalisés pour "Martinique, charmeuse de serpents" de André Breton, qui faisait partie du même voyage.