Comédie dramatique écrite et mise en scène par de Alain Lagneau, avec Cécile Descamps, Josiane Herry, Sophie Margalet, Renaud Castel, Alain Pretin et Pierre Sourdive.

Vieillir, mourir, peut-être est-ce à cause de ces deux verbes que le théâtre existe.

Le naufrage inévitable - tout le monde n'a pas la chance de mourir de mort violente à vingt-neuf ans - occupe tant les pensées, avec le prolongement de l'existence, sinon de la vie, que le désir de s'en distraire pourrait guider les pas du public vers la comédie et le théâtre.

Patatras ! C'est précisément ce thème délicat qu'un auteur inspiré, Alain Lagneau, a choisi pour sa pièce "Jours de neige".

Les Ardennes, près des gorges de la Meuse et de Charleville-Mézières. La tempête fait rage. Athmosphère digne de "Huit femmes". Plus de téléphone, ni de télévision. Presque le bonheur.

A l'intérieur, une directrice de "Maison de retraite" (ou Maison de retrait ?) a fort à faire pour contenir ses pensionnaires. Robert courtise Rose. Suzanne, un peu bigotte, prie et admoneste le mécréant. Maurice attend des enfants qui ne viennent jamais. Michel, l'infirmier, grommèle. On meurt à l'étage du dessous. Les vivres baissent. L'angoisse menace.

Profitant de cette parenthèse, pourquoi ne pas se découvrir, se parler, vivre au lieu d'attendre cette visiteuse à voile noir, colporteuse infatigable qui connait si bien sa clientèle...?

Une troupe de comédiens étourdissants se met au service de ce texte incisif - pas du document, mais du théâtre - drôle, profond, non-complaisant et humaniste. La directrice, c'est Josiane Herry, vraie nature de boulevard, piquante, jouant à la perfection la sirupeuse - mais brave au fond - conteneuse de vieillards.

Le couple Pierre Sourdive-Sophie Margalet fonctionne à merveille: lui, comédien fin et sensible, a l'élégance d'un Jean Rochefort tandis qu'elle, en dame mûre impeccable, donne la réplique avec grâce et métier.

Cécile Descamps, merveilleuse comme toujours, vieille religieuse laïque portée sur la bouteille et l'anathème, excelle de drôlerie et d'émotion. Le Pied-noir abandonné, alias Alain Pretin, donne l'occasion à ce comédien rare de donner vie et désarroi à ce personnage de déraciné, si gênant. Enfin, dans sa carapace de bourru à l'âme d'enfant, Renaud Castel habite son personnage de "soignant" avec tact et vérité.

Faire rire face à Alzheimer, à la solitude, face à l'ardoise magique de la société qui fait glisser nos noms dans l'oubli, si l'argent ou la notoriété ne nous protège pas, c'est tout le talent d'Alain Lagneau, planchiste sur crête de raz-de-marée et grand chatouilleur de la Mort, qui n'aime pas du tout ces façons-là !

A ne pas manquer.