Comédie dramatique d'après les écrits de Etty Hillesum, adaptation et mise en scène de Antoine Colnot de Staël, avec Audrey Boulanger, Anne Jeanvoine et Valérie Maryane.

Etty Hillesum est considérée comme une des figures centrales de la spiritualité contemporaine. Morte à Auschwitz en 1943, issue d’une famille d’érudits confinant au génie, elle a peur de devenir folle et commence à rédiger un journal suite à la demande de son thérapeute, disciple de Jung  et spécialisé dans le diagnostic à partir de la morphologie et des lignes de la main. Il l’oblige à une hygiène de vie nouvelle.

Intellectuelle passionnée par Rilke, Saint Augustin et Dostoïevski, elle répondra à l’horreur du génocide par un sursaut de dignité humaine et un refuge en un Dieu très personnel. En deux années de rédaction, elle passe de la jeune fille torturée tourmentée par des questionnements existentiels à une vie intime apaisée, alors même qu’elle voit ses proches déportés.

Antoine Colnot de Staël réussit, par le truchement de la polyphonie, à nous faire entrevoir une personnalité émouvante parce que mouvante, complexe et contradictoire. Les textes d’Etty Hillesum, pourtant très introspectifs et ancrés dans son histoire et son temps, parlent au public de 2011, probablement parce qu’ils s’affranchissent de toute complaisance narcissique.

La mise en scène, alternant interprétation, chants, prières et danse, pourra déconcerter un public n’ayant pas lu le journal d’Etty qui oscille avec davantage de subtilité entre corporel et spirituel. Les chants, en revanche, apportent une dimension nouvelle au texte sans jamais le trahir mais en transcendant les passages douloureux du journal. La mise en scène réalise alors le travail d’Etty qui part de la souffrance pour se construire.

Audrey Boulanger, Anne Jeanvoie et Valérie Maryane apportent leurs voix et leur vérité à cette figure troublante et délicate. Faisant naître une Etty vivante, bouleversante, elles exaucent son souhait de transmission.