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Italia Nova : une aventure de l'art italien 1900-1950
Grand Palais  (Paris)  Du 5 avril au 3 juillet 2006

Le Grand Palais propose avec l'exposition "Italia nova" de suivre  "une aventure de l'art italien 1900-1950", déclinée en 120 ?uvres, pour appréhender les courants picturaux les plus significatifs de cette période dans un pays qui joua un rôle important dans la vie artistique européenne durant cette période.

Le 20ème siècle commence en Italie avec un courant pictural furieux le Futurisme.

En 1909, à la une du Figaro, l'écrivain Filippo Tommaso Marinetti publie le "Manifeste du Futurisme'" qui veut révolutionner l'esthétique de l'époque en créant un nouveau mode de vie moderniste pour l'Italie.

Cette notion d'art total optimiste et dynamique emporte la conviction de nombreux artistes dont Umberto Boccioni, Giacomo Balla, Carlo Carrà, Luigi Russolo et Gino Severini qui signent le premier "Manifeste des Peintres futuristes" en 1910 proclamant que leur art est violemment révolutionnaire et énonçante comme dogme : "Le geste que nous voulons reproduire sur la toile ne sera plus un instant fixé du dynamisme universel. Ce sera simplement la sensation dynamique elle-même."

L'immense salle consacrée au Futurisme nous entraîne dans un univers digne de "l'Odyssée de l'espace" : sol en métal brossé, murs gris, cloisons à pans coupés, éclairage flashant ou tamisé qui mettent en valeur les toiles claquantes.

Tout doit aller vite et loin comme une fuite en avant vers un monde meilleur.

Si Boccioni et Carra pratiquent une recomposition des visages à partir de la compénétration des lumières et des plans , Balla décompose le mouvement ou le prisme de la lumière à la manière des chronophotographies et Depero lorgne du côté de Leger.

 

En 1914 Marinetti publie un nouveau manifeste et invente le concept de "splendeur géométrico-mécanique" qui séduira notamment Depero et Balla.

 

 

Dans les années 30, sous le regard à 360° de la "Testa di Mussolini" de Bertelli, la seconde vague du futurisme se rapproche du surréalisme notamment avec les peintures de Prampolini.

 

 

 

La suspension métaphysique

La salle en rotonde est consacrée aux natures mortes de l'artiste solitaire Giorgio Morandi, toute claire, lumineuse, défiant l'univers spatio-temporel, d'une clarté, d'une limpidité et d'une beauté paisible. Au centre, la sculpture en marbre d'Arturo Martini .

La metafisica

Au diktat de la forme prônée par les futuristes, Giorgio De Chirico, Filippo de Pisis, Carlo Carra et Giorgio Morandi opposent la recherche du sens caché des choses.

L'onirisme, la mélancolie, l'immobilité, la poésie et l'introspection permettent d'échapper aux réalités d'un monde angoissant en usant notamment de symboles.

De Chirico puisant ses racines dans le classicisme et notamment l'Antiquité, précurseur du surréalisme, participera à la fondation de la revue Valori Plastici qui s'orientera vers la défense de l'art italien du Quattrocento.

Le classicisme revisité

Au début du 20ème siècle, les jeunes artistes italiens prônaient une foi indéfectible dans le progrès qui s'accompagne d'une période de croissance économique et d'une politique de réformes sociales.

Alors que Marinetti affirme que "l'avènement au pouvoir du fascisme constitue la réalisation du programme minimum futuriste, l'utopie futuriste et nationaliste fera long feu avec la 1ère guerre mondiale qui ruine le pays, la mort du leader qu'est Boccionni et l'émergence du fascisme qui prône la volonté identitaire de la grande Italie à la recherche de son hégémonie passée

Après la déclaration de guerre au passé vient le retour aux valeurs surranées revisitées soit une revisite de l'art figuratif, par réminiscence à la gloire antique ou aux maîtres anciens de la Renaissance, les deux périodes italiennes glorieuses, soit par un réalisme triste.

Il en est fini de la joie instrument de la fusion cosmqiue avec l'univers par le Manifeste de la reconstruction futuriste de l'univers de 1915 et la scénographie de l'exposition devient plus orthodoxe toute en teinte sépia.

Une salle concerne Les Dioscures, surnom donné à Giorgio de Chirico et son frère Alberto Savinio, identifiés à Castor et Pollux de par leur symbiose, qui étaient attachés à la mythologie et revisitèrent la peinture antique photo en insérant dans leurs toiles palais, arcades et statues.

"Le Novecento", fondé en 1922 à Milan notamment par Severini, invoque le retour au classicisme tant en ce qui concerne la thématique (les valeurs éternelles et universelles) (natures mortes, paysages, portraits) que la forme s'avère particulièrement fédérateur .

Le retour aux maîtres anciens

Moins qu'un retour, il s'agit davantage d'une source d'inspiration pour des portraits qui, comme ceux par exemple de Casorati et Oppi, sont d'une beauté froide et trouble.

D'autres peintres comme Sironi revisitent le primitivisme en posant une lumière crue sur des couleurs terreuses qui dessinent des portraits intemporels et figés.

Le réalisme magique

Les clowns de Donghi comme les enfants de Casorati et de San Pietro sont terriblement hagards et tristes.

L'exposition s'achève sur Tabula rasa salle consacrée à la peinture abstraite de l'après seconde guerre mondiale.

L'entrée étroite dans cette salle donne une très étrange impression. L'accrochage des toiles sur de hiératiques pans de murs blancs en quinconce, ne supportant chacun qu'une seule toile, donne l'impression d'entrer dans un mausolée de science-fiction.

La scénographie adoptée ne permet pas d'embrasser toutes les toiles du regard mais oblige le visiteur, en un premier temps, à se déplacer à la manière d'un crabe pour les entrevoir puis, dans un second temps, à s'avancer devant chacune d'elles.

Sorte de kaléidoscope coloré, ludique, étonnant, et simplissime constitué par les monochromes déchiquetés de Lucio Fontana, les noirs carbonisés d'Alberto Burri et les plissés blancs de Piero Manzoni qui incite quasiment au recueillement, mais un recueillement qui n'est pas mortifère, un recueillement ouvert sur l'infini, quand il ne reste plus que la matière inerte, et qui s'achève par l'Incontro incantato en bois brûlé de Pietro Consagra.

Italia Nova est une exposition qui s'avère intéressante a plus d'un titre. Intéressante parce qu'elle concerne une période foisonnante injustement méconnue de l'art italien et intéressante par la polémique qu'elle semble soulever, certains lui reprochant pour le moins un manque d'audace et d'engagement, pour le plus une manipulation révisionniste et un mépris pour les oeuvres exposées.

A chacun d'en juger éventuellement par lui-même et de prolonger sa visite d'une réflexion sur l'engagement politique du peintre, qui est souvent indissociable de son engagement majeur qui est la création. Le but d'une exposition est d'abord de présenter au regard, de faire partager aux autres un plaisir de découvrir, une démarche à la fois intellectuelle et esthétique qui ne fait pas défaut en l'espèce.

 

Crédits photos : MM (plus de photos sur la galerie)
avec l'aimable autorisation de la Réunion des Musées Nationaux


MM         
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