Arrivée
dans les bacs d’un nouvel album éponyme, cette tradition qui vient
de loin permet d’épargner trop d’effort d’imagination
pour trouver des titres qui déchirent (Happy Songs for Happy People,
ça c’est du nom !). Cette tendance est généralement
associée au premier album d’un groupe mais est loin d’être
une règle en soi, et ici par exemple le disque qui répond au nom
de son maître n’est pas un galop d’essai. Cet opus suit trois
précédents albums qui se contentaient pour leur part comme nom
des trois couleurs primaires ( blue / red / yellow ) : hum, on sent déjà
le preneur de tête.
En fait Pole (le groupe) est plutôt un artiste électronique
singulier, il se compose en tout et pour tout de Stefan Betke,
touche à tout insatiable d’électronique exigeante, qui conjugue
depuis quelques années les bleeps afin d’enrichir la syntaxe de
l’IDM. Adepte des projets inattendus, on avait pu le rencontrer dans un
set introspectif d’electronica aux textures aquatiques dans la cathédrale
de Bourges, on le découvre ici dans un nouvel album à contre-pied
de son œuvre actuelle.
Pole (le disque) nous propose en effet une musique
paradoxalement dense mais aux sonorités minimalistes et léchées,
on note que l’adjonction d’instruments à âme comme
la contrebasse ou le saxophone contribue à créer un album ambiant,
un peu douillet, dub, et limpide. En bref cela n’explose pas dans tous
les coins et les mélodies sont réduites à leur plus simple
appareil, au final une construction lounge formellement beaucoup plus accessible
que l’actualité de l’electronica. Pole qui garde une certaine
distance avec l’auditeur.
Ces arrangements simples servent avant tout de porte voix à Fat
John. Et oui, le hip-hop prend davantage de place dans l’univers
de Pole. Enfin attention le chant de Fat John n’est pas du tout dans la
lignée de la verve des clones de Public Enemy mais plus proche d’un
spoken word dépassionné. Ce phrasé sans l’emphase
caricatural qu’on peut craindre est ainsi plus posé et moins déclamatoire
que le rap, il est ainsi utilisé d’avantage comme instrument vedette
comme cela l’a été en son temps dans le trip-hop.
En effet assez surprenamment il n’est pas si choquant de rapprocher ce
disque du courrant qui a émigré de Bristol pour envahir le monde,
on retrouve l’ambiance sombre de Tricky mais sans effet de style et affect,
là encore avec une sorte de distance glacée. C’est sans
doute cela le plus marquant : le refus de l’arrogance et de la verve,
une recherche de concision et une forme inattendue de minimalisme. Les textes
eux tiennent de la même intention, le style est basé principalement
sur l’accumulation (via dictionnaire de synonymes et dictionnaire de rimes
qui appauvrissent ainsi consciemment les variétés) et ainsi si
l’intonation est en retrait c’est l’élocution qui prévaut
pour servir le rythme sur lequel rebondit le minimalisme ambiant de Betke.
Au final un disque très atmosphérique, à vrai dire sans
doute trop, dans lequel le hasard, l’aspérité du bruit et
la folie manquent. Personnellement pas passionné, cette nouvelle tendance
de Pole moins marginal qu’auparavant, si elle est intéressante,
lasse un peu trop vite. |